Spécial 40 ans de la FFS

Une longue rubrique "histoire" dans cet Info-EFS n°43, ce sera notre façon de commémorer le 40ème anniversaire de la création de la FFS. Il y a juste vingt ans, Spelunca publiait un article signé Géo Marchand, et intitulé "comment naît une fédération". Nous avons choisi d'en reproduire ici l'essentiel, et ainsi donner aux brevetés un moyen de connaître et de transmettre cette histoire. D'autres points de vue, d'autres écrits ont été publiés ultérieurement, les principaux sont référencés en fin d'article.

Rémy Limagne

Spelunca 1983 n°10 - pages 25 à 37

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Géo Marchand,

Président d'honneur de la FFS

Faire œuvre d'historien est une chose difficile. D'abord, il faut un recul suffisant sur l'histoire pour que les passions de l'époque évoquée soient mortes. Ce n'est pas tout à fait le cas pour la naissance de la F.F.S. qui ne remonte qu'à vingt ans et dont les contemporains sont encore - Dieu merci - vivants pour la plupart.

Il faut également, pour écrire, passer un temps important à se rapprocher des divers acteurs, les interroger, peser leur témoignage et intégrer ces informations dans le récit. Dans le cas présent, il ne m'a pas été possible de rencontrer tous les spéléos qui ont vécu la création de la F.F.S. Les archives antérieures à 1960 sont inexistantes, car il n'y avait pas, à l'époque, de local administratif, et chaque responsable détenait chez lui les dossiers qu'il avait à traiter. Les publications ne couvrent pas entièrement la vie des associations nationales, et pour remplir les blancs, j'ai dû faire appel à la mémoire de quelques uns ou à mes archives ou souvenirs personnels.

Celle façon de procéder et aussi le fait que j'ai joué un rôle non négligeable dans l'action qui se déroulait, donneront obligatoirement à mon récit un caractère subjectif. Je serai amené à parler de ma personne et le lecteur aura peut-être à faire, mieux que je ne l'aurai fait, la balance entre l'importance réelle de mes actes et celle que mon jugement personnel leur attribue. Il faudra aussi me pardonner si j'ai ignoré certaines interventions ou si j'ai minimisé des intentions que j'ai mal connues ou mal appréciées. Ce récit sera donc l'historique de la naissance de la Fédération, vue par Géo MARCHAND.

Pour bien comprendre l'enchaînement des faits qui ont conduit à la naissance de la Fédération, il est nécessaire de rappeler les événements qui ont progressivement créé l'esprit fédéral, et de faire le rappel des diverses associations qui ont précédé la F.F.S.

 

1. La Société de Spéléologie

27 Juin 1888 ; c'est la traversée de Bramabiau par MARTEL. Rien de fédéral dans celle aventure, mais c'est certainement le point de départ de la spéléologie moderne. C'est ce jour là qu'une équipe a commencé à se former autour de MARTEL. Douze ans après, MARTEL fonde la Société de Spéléologie. L'assemblée constitutive, composée de seize personnes, se réunit le 1er février 1895, l'autorisation du Préfet de Police est datée du 4 mars 1895. Il est intéressant de noter les conditions qui entouraient à cette époque (c'était avant la loi bien connue du 1er juillet 1901) la création d'une association et notamment celle de faire connaître à la Préfecture de Police, au moins cinq jours à l'avance, le local, le jour et l'heure des réunions générales. L'objet de la Société est repris ci-dessous :

"La Société de Spéléologie est instituée pour assurer l'exploration, faciliter l'étude générale et concourir à l'aménagement ou à la mise en valeur des cavités souterraines de toutes sortes, connues ou inconnues, soit naturelles soit artificielles ; pour encourager et subventionner les investigations qui s'y rapportent d'une manière quelconque; en un mot, pour vulgariser et développer, dans un intérêt à la fois pratique et théorique, utilitaire et scientifique, les recherches de toute nature dans l'intérieur de la terre"

Dernière excursion de E.A. Martel dans les Causses. Cliché Louis Balsan

La création de la Société de Spéléologie survenait deux ans après l'ouverture au public de Padirac (exploration en 1889 - ouverture au public en 1898) : de ce fait, les statuts de l'association étaient autant ouverts sur l'aménagement des cavités que sur leur exploration, sur le côté utilitaire que sur la recherche scientifique.

C'était une association principalement de personnes. On n'y note que trois clubs: deux sections du C.A.F. (Lons-le-Saunier et Lozère et Causses) ainsi que le Club Cévenol.

On y retrouve bien sûr GAUPILLAT, MAZAURIC, PONS, RAYMOND, RUPIN et VIRÉ, mais le serrurier ARMAND n'y est pas. Il faut bien admettre que la plupart des 150 membres n'étaient pas des explorateurs, mais des gens de bonne société : géographes ou archéologues, regroupés dans une Société Savante.

La Société de Spéléologie publia, dès le départ (de 1895 à 1900) un bulletin trimestriel, nommé Spelunca. complété par des Mémoires.

Nous verrons le rôle important, joué en tout temps par les publications dans la vie de la Spéléologie Nationale, ainsi que celui du litre de Spelunca.

Armand Viré, collection M. Abad

Pour l'historique propre aux publications, nous invitons à se reporter à l'article de GÉZE du Spelunca 1961 n° 1 : "la renaissance de Spelunca et l'évolution des publications spéléologiques nationales".

De 1900 à 1914, bulletins et mémoires sont regroupés dans un fascicule unique, toujours dénommé Spelunca.

La Société de Spéléologie disparut avec la guerre de 1914. MARTEL lui-même écrit qu'elle "ne réussit pas à susciter un intérêt public suffisant pour survivre à la guerre". Nous sommes enclins à penser que la Société était portée à bout de bras par MARTEL et qu'elle disparût lorsque celui-ci cessa d'en assurer l'animation. Cela serait arrivé probablement même sans la guerre.

 

2. Spéléo-Club de France et Société Spéléologique de France (S.S.F.)

En cet après-guerre 14-18, la spéléologie française recommença à se manifester à travers l'œuvre de pionniers individuels. C'est en 1924 que CASTERET, chantre et vulgarisateur de la spéléologie, se fait connaître au grand public par la découverte des ours d'argile de la grotte de Montespan. Bien qu'il soit toujours resté le spéléologue le plus illustre, il n'a jamais cherché à faire autour de sa personne l'unité de la spéléologie, qu'il eut réalisée sans peine.

De JOLY, dont la renommée resta intérieure au milieu spéléo, amena un progrès considérable de la technique d'exploration par la création de tout un matériel nouveau. C'est lui qui remplaça l'antique bougie fixée au chapeau par l'éclairage frontal alimenté à l'acétylène. Il créa des échelles légères dont les échelons étaient d'élektron (alliage léger utilisé en Allemagne pour les ballons dirigeables) et les montants en câble d'acier spécial utilisé en aviation. Il pensa, modifia ou créa tout l'équipement spéléologique. Ce matériel était cher, mais il révolutionnait les méthodes d'exploration.

Norbert Casteret. Cliché Jacques Choppy

En 1930, il eut l'idée de reprendre l'œuvre interrompue de la Société de Spéléologie de MARTEL.

Le 18 mars 1930, une assemblée constitutive créait le Spéléo-Club de France, dont le siège social était fixé à Montpellier, dans la Maison de l'Agriculture. Son but était d'assurer la liaison entre spéléologues et d'aider au développement de l'activité des prospecteurs du sous-sol. L'association se proposait d'apporter une aide (y compris financière) aux spéléologues, et de préparer une législation spéciale de la prospection, la découverte et l'exploitation des richesses souterraines.

On voit que ces statuts n'étaient pas totalement désintéressés. De JOLY et DEGRULLY purent rassembler 64 membres, dont 3 personnes morales. On avait mobilisé MARTEL et CASTERET. La plus grande part des adhérents étaient des méridionaux. Citons BALSAN, collaborateur de MARTEL et explorateur des Causses majeurs. GÈZE que l'on retrouve à tous les instants de l'histoire fédérale, l'Abbé GIRY. de LAVAUR qui reprendra en 1937, sur demande de BEAMISH, l'exploration de Padirac et dont la carrière de plongeur s'étendra de 1947 à 1956, MILHAUD, qui fondera en 1931, à Mazamet, le Spéléo-Club de la Montagne Noire et de l'Espinouze, filiale de la S.S.F., mais premier club français. On note cependant un petit noyau de Francs Comtois regroupés autour de FOURNIER et animé par CONTEJEAN, fondateur du Spéléo-Club du Doubs, FOURNIER, illustre géologue bisontin, avait eu une large action nationale: il avait effectué des travaux en Provence et en Quercy, ainsi qu'avec MARTEL, une mission dans les Pyrénées pour le compte du Ministère de l'Agriculture.

Le premier bureau était composé de : Président d'Honneur, MARTEL ; Président, De JOLY ; Vice-Président , DEGRULLY

Louis Balsan au Tindoul de la Vayssière en 1947

 

Contejean.

Cliché Jacques Choppy

Le Spéléo-Club de France publia un bulletin trimestriel ainsi qu'un SPELUNCA (2ème série) pour l'impression des articles scientifiques et des comptes-rendus détaillés d'explorations (9). Le premier numéro est coiffé par un article de MARTEL : "Comment et pourquoi il faut réveiller la spéléologie en France". Il n'y explique pas tellement les comment et les pourquoi ! Il y constate l'accroissement prohibitif des dépenses d'exploration, l'absence d'aide officielle et de subsides aux spéléologues et se montre navré de l'indifférence générale en face de l'immense domaine souterrain français. Après un tour d'horizon de la spéléologie mondiale, il souhaite que l'initiative de créer le Spéléo-Club de France fasse "aboutir enfin le vain effort de la première série de SPELUNCA de 1895-1914".

L'action de MARTEL se limita ensuite à des relations épistolaires et ses rapports avec De JOLY furent gâchés par des querelles puériles, tel le différend sur la hauteur de la stalagmite d'Orgnac, qui ne concoururent en rien à la gloire de ces deux grands explorateurs. MARTEL mourut en 1938.

L'Abbé Glory à la grotte des Fieux (Lot).

Collection M. Abad

Assez vite, l'activité spéléologique sort du cadre restreint du Languedoc. En 1934, TROMBE explore le Comminges souterrain. En 1935, BOURGIN, très préoccupé d'applications pratiques, s'active dans le Dévoluy et le Vercors, DUJARDIN-WEBER à Marseille. GUÉRIN fonde le Spéléo-Club de Paris avec GÂCHÉ. L'Abbé GLORY anime l'Alsace.

Le 1er mars 1936, sur proposition de GEZE, le Spéléo-Club de France devient la Société Spéléologique de France, domiciliée à Nîmes au Muséum d'Histoire Naturelle. Il s'agissait là d'une intention manifeste de donner une vocation nationale à un regroupement jusqu'alors régional. La S.S.F, admettait des filiales et des sociétés affiliées. Elle continuait bien entendu la publication de Spelunca. La spéléo éclatait hors de la région des causses.

En 1937, CHEVALIER et le Spéléo-Club de Lyon se distinguaient dans le Massif de la Chartreuse, au Trou du Glaz. Avec BRENOT, il développait l'utilisation des cordes (remontée au "singe", rappels d'échelles, etc) et introduisait l'usage du mât. En 1938, apparaissaient le Groupe de Valence et le Spéléo-Club Pyrénéen de Toulouse. En 1941, le Spéléo-Club de Vesoul et de Haute-Savoie. En 1942, le Groupe Casteret de Dijon.

Ces dates ne sont pas obligatoirement celles de la fondation de ces clubs, mais celles de leur manifestation dans la publication Spelunca.

En 1939 se tenait à Mazamet le premier Congrès National de Spéléologie. Il se déroula le 30 et 31 mars, organisé par MILHAUD et le Spéléo-Club de la Montagne Noire et de l'Espinouze. Les personnalités spéléo éloignées n'avaient, malheureusement, pas participé. Absence de CHEVALIER, DUJARDIN-WEBER, GÂCHÉ, GLORY. Le congrès regroupait cependant tous les illustres de la région, ainsi que CASTERET. Les membres du Spéléo-Club de l'Aude et du Groupe Vallot de Lodève étaient présents et faisaient nombre.

Réception officielle à la mairie de Mazamet et inauguration de la grotte de la Devèze à Courniou (Hérault). Le congrès donna lieu à l'exposé de 9 communications de CASTERET, CHEVALIER, DUJARDIN, FONTANILLES, GÈZE, GIRY, de JOLY, MILHAUD et POUJOL, reprises dans les Actes du 1er Congrès National de Spéléologie.

A la séance de clôture, MILHAUD forma le souhait de la réalisation d'une rencontre semblable annuelle. Il faudra attendre vingt ans, pour la réalisation de ce vœu, à l'occasion du congrès de Cahors en 1959.

Grotte du Pas de Joulié : De Joly, Gèze, Renault, Rodriguez. Cliché Louis Balsan

3. Le Comité National de Spéléologie (C.N.S.)

3.1. Les annales de spéléologie

Le deuxième conflit mondial (1939-45) n'avait pas comme la Grande Guerre (1914-18) fait entièrement cesser toutes les activités spéléologiques.

On note, jusqu'en 1943, des activités multiples, principalement dans la zone sud qui ne subit l'occupation allemande qu'en novembre 1942 (Groupe Vallot de Lodève, Spéléo-Club Pyrénéen, Spéléo-Club de l'Aude, Groupe Gennevaux du C.C.F., etc) mais aussi dans la zone occupée depuis 1940 (Spéléo-Club de Vesoul et Groupe Casteret de Dijon).

C'est aussi en 1941 que CHEVALIER réalise la jonction Trou du Glaz - Guiers Mort. Ces diverses explorations (1939-1943) font l'objet d'un Tome X du Spelunca 1ère série. Édité durant l'occupation allemande (visa de censure du 8/01/44). Ce volume est le dernier de la série De JOLY.

Durant l'année 1944, où la guerre se déroulait sur le sol français, les grottes n'étaient plus un lieu de visite, mais souvent un refuge pour le maquis. On garde le triste souvenir de l'hôpital installé dans la grotte de la Luire où les allemands massacrèrent en 1944 seize grands blessés de la résistance.

Au lendemain de la guerre, la spéléologie française présentait un visage totalement modifié. La S.S.F, n'était plus l'unique association nationale : le Club Alpin Français regroupait au sein de sa commission spéléologique ses sections locales, qui avaient à leur actif de fort belles réalisations.

Cette bipolarisation de la spéléologie française a été parfaitement ressentie à l'époque, mais il semble que l'existence et l'importance des clubs indépendants n'aient pas été perçus à leur juste valeur.

En 1945, divers organismes officiels reconnaissent la valeur des études souterraines.

- Le Centre National de la Recherche Scientifique (C.N.R.S.) crée une commission de spéléologie (FAGE, GÈZE, JEANNEL, TROMBE, VANDEL...) qui réalise au Muséum de Paris un laboratoire de biospéologie (noter que l'on dit "biospéologie" et non "biospéléologie" ; c'est une coquetterie des biospéologues, mais la pureté de l'étymologie a été discutée).

- Le Bureau de Recherches Géologiques et Géophysiques (B.R.G.G., futur B.R.G.M.) possède un service de spéléologie qui confie à GÈZE le soin de dresser un répertoire des cavités (travail repris par ROUIRE en 1948).

- Le Comité National Français de Géodésie et de Géophysique a une section d'hydrologie où les spéléologues sont présents (BOURGIN, CASTERET, GÈZE et TROMBE).

Professeur Vandel. Cliché laboratoire de Moulis

C'est avec l'aide de ces organismes et l'appui de ces grands noms que GÈZE fonde en 1946 les Annales de Spéléologie, qui constituaient la 3ème série de SPELUNCA sous la double étiquette de la S.S.F. et du C.A.F. Le comité de rédaction concluait : "en définitive, nous assistons, depuis 1945 surtout, à un renouvellement complet de l'activité spéléologique en France, celle-ci se tournant résolument vers la voie scientifique qu'elle devrait avoir depuis longtemps abordée, sans que le point de vue "sportif" en souffre pour cela".

La vie de la S.S.F. sera toujours extrêmement liée à l'existence des Annales. C'est ainsi que son siège social qui se situait, depuis 1936, au Muséum d'Histoire Naturelle de Nîmes, fut transféré en 1948 au siège du B.R.G.G, 21 rue de la Pépinière à Paris, qui était le lieu de domiciliation de la revue (le secrétaire de rédaction, ROUIRE, occupait une fonction au B.R.G.G. Son action, aussi bien dans le cadre des publications qu'à l'intérieur du secrétariat du C.N.S. s'étendra de 1948 à 1963). La S.S.F, suivit le B.R.G.G. dans ses tribulations, d'abord 69 rue de la Victoire (en 1950), puis au 74 rue de la Fédération dans le 15ème arrondissement (en 1957).

Le financement de la publication présenta en permanence les plus grands problèmes. Les cotisations des membres ne couvraient pas le coût de l'édition, et il fallait trouver le complément financier indispensable.

En 1947, le C.N.R.S. apportait son concours à la publication et, à partir du Tome II fasc-4, son nom figure en couverture des Annales.

En 1948, le Tome III, fasc-2-3 reçut l'aide du service de la colonisation et de l'hydraulique du gouvernement général de l'Algérie.

En 1950, le Comité National de Spéléologie (C.N.S.) apportait à son tour une aide financière.

En 1956, le C.N.R.S. cessait sa participation aux frais de publication. Nous aurons l'occasion de revenir sur les circonstances de cet événement et ses conséquences.

Le Tome XIII de 1958 fut le dernier numéro publié par les associations spéléologiques. Le C.N.R.S. reprit à son compte, et à son profit, l'édition des Annales de Spéléologie, qui devint l'organe du Laboratoire de Moulis. Le titre Spelunca restait la propriété de la S.S.F, et du C.N.S.

3.2. Création du Comité National de Spéléologie

De JOLY, qui était Président de la S.S.F., était encore assez vigoureux et entreprenant pour participer en 1949, à 62 ans, à une expédition de 100 heures, organisée par De LAVAUR, à Padirac. En revanche, il avait cessé d'être l'animateur unique de la spéléologie sur le plan national.

JEANNEL, bien connu pour ses recherches biospéologiques avec RACOVITZA, avait créé, au sein du C.N.R.S., une commission de spéléologie, à laquelle participaient, notamment, GÈZE et TROMBE. Ces derniers, devant les difficultés inhérentes à la bipolarisation S.S.F. - C.A.F., et prenant conscience de l'accroissement rapide du nombre des clubs autonomes en France, incitèrent JEANNEL à créer un organisme couvrant toute la spéléologie.

Guy de Lavaur à Padirac, 1951

Le 28 mai 1948, JEANNEL réunissait à Paris, sous l'égide du C.N.R.S. en assemblée constitutive, les présidents des clubs spéléos connus, ainsi que diverses personnalités spéléologiques éminentes. Ce fut la naissance du Comité National de Spéléologie, dont le siège social fui fixé au Muséum d'Histoire Naturelle, 45 bis rue de Buffon à Paris.

Si on ne pouvait encore parler de fédéralisme, l'intention de regroupement était nette. Les statuts prévoyaient en effet, que le C.N.S. regroupait les "présidents des groupes spéléologiques, et exceptionnellement certaines personnalités ayant particulièrement concouru, par leurs travaux, à l'essor de la spéléologie française".

Les membres fondateurs étaient au nombre de 26, les présidents de club étaient au nombre de 14, et les personnalités spéléologiques "à titre exceptionnel" au nombre de 12. Le Comité de Patronage regroupait 21 organismes ou personnalités dont la plupart étaient des scientifiques. Néanmoins, on notait la présence du Directeur des Sports. C'était le premier contact établi avec la Direction Générale de la Jeunesse et des Sports, qui devait, par la suite, apporter une aide financière importante à la vie de l'association.

Barone. Cliché J. Choppy

Il n'est pas sans intérêt de reproduire ci-dessous la composition du premier conseil d'administration et du premier bureau : Président = JEANNEL ; Vice-Président = CHEVALIER ; Secrétaire-Général = De LAVAUR ; Trésorier = GACHE ; Secrétaire-Adjoint = ROUIRE ; membres = AGERON, BARONE, BELIN, De JOLY, LADRES, PELLETIER, VANDEL.

Il a été décidé, en outre, que le Directeur des Annales de Spéléologie (GÈZE) ferait partie du conseil à titre consultatif.

Gaché à Padirac, 1951

3.3. Le Bulletin du C.N.S.

Après deux ans de fonctionnement, le C.N.S. prit conscience qu'il avait besoin d'un organe d'expression. Des contacts furent pris, à cette intention, avec le C.A.F, et la S.S.F, qui éditaient les Annales (avec l'aide financière du C.N.R.S. depuis 1948). Un premier essai avec le bulletin Grottes et Gouffres ne permit la parution que de trois numéros en 1948. Un autre essai du côté de la S.S.F, ne permit, lui aussi, que la sortie de 4 numéros d'un bulletin périodique officiel, totalisant 56 pages seulement pour les années 1949 à 1950.

Le C.N.S. créa donc en 1951 une revue trimestrielle de liaison : Le Bulletin du C.N.S. Simultanément, la S.S.F. cessa la publication de son bulletin périodique officiel pour donner ses informations au nouveau bulletin.

Animé par ROUIRE de 1951 à 1959, et VILA en 1960, le Bulletin du C.N.S. vécut dix ans, avant de céder la place au Spelunca (4ème série) dans des conditions qui seront indiquées plus loin.

3.4.  Dix ans d'activités du C.N.S. (1949-1959)

Ce titre est celui d'un article du Bulletin du C.N.S. n° 2-1960. Cet article dresse le bilan de dix ans d'activités du C.N.S. Ce délai de dix ans correspond à une réalité de fait. II se trouve en effet que l'année 1959 fut fertile en événements divers qui imposèrent à la spéléologie française une évolution et une orientation différentes.

3.4.1 Activités de regroupement spéléologique

Curieusement, c'est sur le plan international que le C.N.S. situa, dès le départ, ses efforts de regroupement.

- Réunion internationale de Valence,

Du 22 au 25 août 1949, elle se déroula à Valence sur Rhône, et fut organisée par AGERON. Elle regroupait les représentants de 7 nations (France, Angleterre, Cuba, Espagne, Grèce, Italie et Suisse). Pour la France, huit clubs, dont la S.S.F, étaient représentés; l'Armée française (Transmissions) avait envoyé un délégué. Ses objectifs se rapportaient à des sujets dont la plupart sont encore d'actualité: protection des sites, prise de date (ce problème ne fut définitivement écarté qu'en 1973), secours, répertoire des cavités...

La principale décision prise à l'issue de cette réunion internationale fut d'organiser, tous les trois ans, des congrès internationaux de spéléologie. Un comité permanent provisoire des congrès fut institué, avec De LAVAUR comme secrétaire. Le premier congrès international fut prévu à Paris, sur invitation du C.N.S., à une date à fixer ultérieurement. Les années 1950 et 1951 donnèrent lieu à une activité importante pour constituer, de façon définitive, le Comité Permanent des Congrès et préparer effectivement celui-ci.

- Premier congrès international

Le premier congrès international de spéléologie (secrétariat général: GÈZE et ROUIRE) se tint à Paris du 7 au 12 septembre 1953 sous le haut patronage du Ministre de l'Éducation Nationale, mais aussi du Secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports. Ce double patronage était destiné à marquer la vocation à la fois scientifique et sportive de la spéléologie.

Vingt-huit nations étaient représentées par 218 spéléologues inscrits. Environ 150 personnes ont effectivement participé aux travaux.

Ce congrès comportait sept sections de travail : hydrogéologie et morphologie karstique, physico-chimie, météorologie et cristallographie, biologie, habitat humain, fichier et topographie, photo et cinéma, matériel et techniques d'exploration. Plus de cent communications et une dizaine de films furent présentés. Deux séries d'excursions dans le midi de la France (Causses et Pyrénées) firent suite aux séances de travail (13 au 26 septembre).

Le compte-rendu du congrès donna lieu à la publication d'Actes sur laquelle nous aurons à revenir.

- Exposition Nationale de Spéléologie et de Préhistoire organisée à Cannes par DURET du 13 décembre 1952 au 7 janvier 1953 avec la participation de 7 clubs et de 7 grottes aménagées.

- Semaine internationale de la Spéléologie organisée à Marseille par GALLOCHER et GARGUILO du 20 au 28 novembre 1954. Il y eut 40 exposants dont 4 étrangers. C'était une manifestation de vulgarisation spéléologique qui ne mobilisa guère que des associations spéléos locales.

- En octobre 1958, participation du C.N.S., par une délégation officielle, au deuxième congrès international de spéléologie à BARI-LECCE-SALERNO.

3.4.2 Organisation des secours

Dès 1950, le problème des secours préoccupe le C.N.S. Sur intervention de De LAVAUR auprès de la Direction des Sports, ce dernier accorde une subvention de 397000 francs pour acquisition d'un premier matériel de secours. Cinq dépôts sont mis en place : à Grenoble (Secours de Montagne), Toulouse (Société Méridionale de Spéléologie et de Préhistoire), Vesoul (Association Spéléologique de l'Est et pompiers), Montpellier (S.C. Montpellier et pompiers) et Paris (sapeur pompiers).

En 1955, une plaquette sur la sécurité en spéléologie et notamment en plongée souterraine est tirée en 20000 exemplaires et remis à la D.G. J.S. pour diffusion auprès des organismes éducatifs, et des contacts sont pris avec le Préfet responsable de la Protection Civile.

En Assemblée Générale du 10 mai 1958, une section (commission) de spéléologie est créée sous la direction de GARGUILO. Une police d'assurance est prévue pour couvrir les organisateurs des secours et sauveteurs. Un réseau de secours prend effectivement vie dans le sud-est.

3.4.3. Stages de spéléologie

Le 31 janvier 1952, le service départemental de la Jeunesse et des Sports du Rhône réunissait et proposait aux principaux responsables de groupes spéléos de la région lyonnaise de réaliser un stage national de Perfectionnement de moniteurs de spéléologie. Ce service assurait la direction administrative et financière du stage, mais laissait au C.N.S. le patronage et la direction technique effective. Ce stage se déroula à Saint-Pierre de Chartreuse (Isère) sous la direction de CHEVALIER (alors Vice-Président du C.N.S. et Président de la S.S.F.) du 19 juillet au 3 août 1952.

Il réunissait une trentaine de spéléos, venant de 24 groupements différents, largement dispersés sur le territoire français.

Fernand Petzl, Pierre Chevalier.

Yves Créac'h, aven Line, 1958 - Cliché A. Chochon

La présence de Jeunesse et Sports était assurée, notamment par SCHAFFRAN, dont la participation à la vie de la spéléologie nationale ne manquera jamais dans le cours des années à venir.

Les instructeurs désignés avec l'approbation du C.N.S.. étaient PETIT-DIDIER (Grenoble) CRÉAC'H (Nice), JAMBERT (Bougie) MAUVISSEAU (Paris) et PALOC (MONTPELLIER). Il y eut également des exposés de ROUIRE sur la géologie et de BONNET sur la biospéologie. Les exercices sur le terrain se déroulèrent dans le réseau de la Dent de Crolles, avec traversée intégrale du réseau actif, du plateau supérieur à la résurgence du Guiers-Mort.

En 1956, des entretiens interviennent entre le conseil du C.N.S. et la D.G.J.S. sur un projet de création d'un stage permanent de spéléologie à Villars de Lans. Une section (commission) est créée sous le nom de Section de Formation et de Perfectionnement Spéléologique (S.F.P.S.) pour établir un règlement fixant les rapports entre le C.N.S. et les directeurs de stage. En 1959, la D.G.J.S. devenue Haut Commissariat à la Jeunesse et aux Sports prenait la décision de créer pour les activités dites de plein air, des degrés de formation. Le C.N.S. prit en charge la responsabilité de garantir les titres de compétence des 3ème et 4ème degrés (initiateur et instructeur).

Jean Corbel en 1954

Un stage se déroula à Vallon Pont d'Arc du 8 au 20 juin 1959 dans le Centre National de Plein Air de Jeunesse et Sports, dirigé par SCHAFFRAN, La direction et l'encadrement du stage étaient assurés par RENAULT et CORBEL. Du fait de son annonce tardive, le stage n'eut que huit participants, mais il fut le premier d'une suite ininterrompue de stages de formation annuelle, qui devaient, avec le temps donner naissance à l'École Française de Spéléologie.

Philippe Renault et R. Ciry

3.4.4. Groupe de plongeurs spéléologues

En 1953, de LAVAUR, qui le premier, avait pratiqué la plongée systématique en siphon, avec l'appareil COUSTEAU-GAGNAN, lance un appel pour recenser et regrouper les plongeurs spéléologues.

En septembre 1954, de LAVAUR recensait dans le Lot quelques plongeurs dont le Dr DUFOUR, pour préciser l'objet et la forme du groupement projeté. Du matériel de plongée était acquis pour être mis à la disposition des plongeurs spéléos. En 1955, un cours de plongée était organisé en piscine, en liaison avec la Fédération Nationale de Sauvetage, et avec création d'un certificat d'aptitude de premier degré. Parallèlement, de 1951 à 1955, le Clan des Tritons avec LETRONE faisait de son côté l'expérience de la plongée souterraine.

Du 5 au 8 août 1956, un deuxième stage de plongée souterraine, dirigé par LETRONE, réunit quelques plongeurs dans les gorges de Combe Laval (Vercors). Le groupe de plongée est définitivement constitué et déclaré dans le cadre de la loi de 1901 sous le nom de Groupe des Plongeurs Spéléologues Français du Comité National de Spéléologie. Son Président est de LAVAUR, vice-président de la Commission Technique de la Fédération Française d'Étude et de Sports Sous-Marins.

En 1958, GARGUILO crée à Marseille un groupe de plongée. Néanmoins, les morts accidentelles de BUHOT et DUFOUR mettent un frein aux activités du groupe.

3.4.5. Les Expéditions spéléologiques françaises

En juillet-août 1952, une expédition dans le Marguaréis, à cheval sur la frontière franco-italienne, avait été organisée avec l'appui de la commission scientifique du C.N.R.S. Elle regroupait 41 spéléologues de 4 clubs (Spéléo Club de Paris, Groupe Causses et Cévennes du C.A.F., Club Martel de Nice, Spéléo Club de Dijon).

En 1955, GÂCHÉ crée et déclare sous le régime de la loi de 1901 les Expéditions Spéléologiques Françaises dont le but est de concentrer les moyens des grands clubs nationaux en vue d'explorations Spéléologiques importantes en France et à l'étranger. Le C.N.S. accorde son patronage à cette association qui devient ainsi une de ses commissions et prend la dénomination de "Les Expéditions Spéléologiques Françaises du Comité National de Spéléologie".

En 1956, le C.N.S. ayant obtenu du H.C.J.S. une subvention exceptionnelle de 1 000 000 F pour achat de matériel spéléo, c'est par l'intermédiaire des E.S.F. qu'elle met ce matériel à la disposition des groupes.

En 1957, les E.S.F. déploient une grande activité, accordant patronage et parfois prêt de matériel à diverses expéditions: S.C. Paris et Club Martel de Nice au Marguaréis, S.C. de Paris et S.C. Lutèce au Margériaz, Groupe Spéléo Apt et Groupe Casteret de Cannes au Jean Nouveau, etc. Sous des formes diverses, l'action des E.F.S. s'est poursuivie sans interruption dans le cours des années suivantes.

3.4.6. Les difficultés financières

En dix ans d'activité, l'action du C.N.S. avait été globalement positive. La plupart des problèmes importants, concernant la spéléologie sur le plan national, avaient été abordés. Dans tous les cas, une solution avait été recherchée; des orientations avaient été données et des réalisations avaient été menées ou tout au moins ébauchées.

C'est en 1957 qu'une modification des statuts fait du C.N.S. une association de clubs (et non de présidents de clubs), à l'exclusion d'adhérents individuels. Cette nouvelle disposition devait cependant rester inexécutée pendant plusieurs années. En 1958, malgré ou à cause de son activité intense, le C.N.S. se trouvait dans une situation financière extrêmement délicate. Dès sa création, la Direction de la Jeunesse et des Sports lui avait accordé une aide importante (signalons que tous les chiffres qui font suivre concernent des anciens francs). Pour raisonner en valeur 1983, il faut les multiplier par 0,05 : ainsi, 1000000 F de 1958 valent 50000 F de 1983), mais les apports étaient le plus souvent spécifiques : financement des stages de formation et de perfectionnement; subvention de 397000 F en 1950 pour équipement des centres de secours; subvention de 1000000 F en 1957 pour achat de matériel sportif. Une subvention de fonctionnement annuelle (450000 F en 1956) couvrait largement les dépenses de secrétariat et les activités à caractère "sportif"; le complément allait aux publications, les cotisations perçues étant insignifiantes (en 1957, 32500l F sur un budget de 1 335000 F).

Ce sont précisément les publications qui furent à l'origine des difficultés constatées. Au départ, le C.N.R.S. versait une subvention pour la publication des Annales; ce qui n'empêchait pas le C.N.S. d'apporter à cette publication "la subvention annuelle de beaucoup la plus importante" : 150000 F en 1949,  200000 F en 1950 et 1951, 300000 F à partir de 1952, 500000F en 1956 ...

De plus, les Actes du Congrès International de 1953 représentaient une charge très lourde, aggravée par un incendie de l'imprimerie détruisant les documents déjà prêts, qu'il fallut reconstituer et publier avec un retard de deux ans, accompagné d'inévitables augmentations de tarifs. En outre, une subvention de 1000000 F votée par le C.N.R.S. en décembre 1954 ne fut jamais versée. La participation de cet organisme se limite à un versement de 354472 F couvrant divers Actes du dernier tome du Congrès, publié en ... 1957.

A l'Assemblée Générale du C.N.S. du 10 mai 1958, la situation se présentait comme suit: le disponible au 31 décembre 1957 s'élevait à 485816 F sur lequel restait à imputer un solde de 232420 F pour achat de matériel sur la subvention spécifique de 1 000000 F du H.C.J.S. Ceci ne laissait qu'une disponibilité de 253396 F, avec l'espoir d'une subvention de fonctionnement H.C.J.S., malheureusement réduite à 250000 F (au lieu des 450000 F habituels). Outre les dépenses de fonctionnement, il y avait à couvrir les frais des 4 Bulletins du C.N.S. 1957 impayés (396160 F) ainsi que l'impression du Tome II (solde), III et IV du Congrès International de 1953 (environ 1870000 F); la publication des Bulletins de 1958 ne pouvait évidemment pas être envisagée. Une révision déchirante de la politique des publications dût être faite ; elle fut avalisée par l'A.G. du 30 mai 1959. Le dernier Tome des Annales paru était le n° XII de 1957, le Tome XIII de 1958 était laissé en attente pour dresser la table analytique des matières des 12 premiers tomes et ne devait paraître qu'en novembre 1961.

A partir du Tome XIV, le C.N.R.S. prenait à sa charge la publication des Annales de Spéléologie, qui perdaient le sous-titre Spelunca, et devenaient l'organe du Laboratoire Souterrain de Moulis. Le Bulletin du C.N.S. ne comportait qu'un numéro unique pour les années 1958 et 1959, et était financé par le S.S.F. ; le C.A.F. cessait sa participation aux publications spéléologiques. A ces difficultés matérielles se superposaient des anomalies de fonctionnement qui n'allaient pas tarder à apparaître et devaient conduire le C.N.S. à une évolution importante.

4. La Fédération Française de Spéléologie

4.1. Le Congrès National de Cahors (1959)

A l'issue du 1er Congrès National de Spéléologie, tenu à Mazamet en 1939, le souhait avait été formulé de voir une telle réunion s'instaurer chaque année dans une ville différente. Une guerre était passée et de nombreuses années écoulées, lorsqu'à l'Assemblée Générale du C.N.S. de 1956, on reparla de Congrès Nationaux, à organiser en alternance avec des congrès internationaux.

L'Assemblée Générale du C.N.S. du 10 mai 1958 désigna MARCHAND pour organiser à Cahors en 1959 le 2ème Congrès National de Spéléologie. Déjà en 1957, il avait eu l'occasion d'organiser dans cette même ville le 4ème Congrès Régional de la Fédération Spéléologique du Sud-Ouest, qui avait regroupé une douzaine de clubs locaux. C'est donc en s'appuyant sur le Groupe Spéléologique du Quercy dont il était Président, et avec l'amitié active de RENAULT, que MARCHAND se mit au travail.

La première et principale difficulté qui se présenta fut de savoir qui convoquer. Un recensement des clubs était en cours de réalisation par LAURÈS et ROUIRE, mais il ne fut connu qu'après le Congrès ; il devait d'ailleurs se montrer incomplet et inexact.

Aux Assemblées générales des 10 et 11 mai 1958, le C.N.S. et la S.S.F. avaient rassemblé les effectifs suivants :

- C.N.S.: 21 présents + 16 pouvoirs, correspondant à 18 clubs et 19 individuels (au total 103 spéléologues).

- S.S.F.: 41 présents + 89 pouvoirs correspondant à 9 clubs, 3 personnes morales et 118 individuels.

Si l'on tient compte du fait que plusieurs clubs et individuels figuraient sur les deux listes, c'est une population de moins de 200 spéléologues qui s'était manifestée. Les deux associations nationales étaient loin de regrouper la totalité des spéléos français. En l'absence de recensement, ce fut donc par de multiples recoupements qu'une liste de diffusion de la circulaire de convocation au Congrès put être établie. En définitive, 719 personnes physiques ou morales furent invitées.

Le Congrès se déroula du 6 au 10 septembre 1953. Il rassembla 226 membres correspondants de France, territoire d'outre mer et de 10 pays étrangers divers. Au total, près de 300 spéléologues avaient participé. Il donna lieu à la présentation de 26 communications diverses et 5 films. 4 excursions avec visite de grottes aménagées ou non furent réalisées.

Le budget du Congrès s'élevait à 750000 F. Entièrement autofinancé, il laissait un solde positif de plus de 1000 F qui fût versé au C.N.S. Cette somme était toutefois insuffisante pour permettre la publication d'Actes. Les communications furent publiées dans les Annales de Spéléologie, malheureusement sous une forme fractionnée.

A l'issue de ce Congrès, deux conclusions se dégageaient :

- les spéléologues exprimaient un désir général de rencontre et de regroupement;

- un grand nombre de clubs et de spéléologues existaient sans adhérer ni à la S.S.F, ni au C.N.S.

Un nouveau recensement des clubs, réalisé par LAURÊS, MARCHAND et ROUIRE permit d'estimer qu'il existait en France environ 200 clubs, regroupant environ 3500 spéléologues (ce dernier chiffre étant vraisemblablement surestimé).

4.2. Les spéléos se comptent

Devant cette importante population Spéléologique, le C.N.S. avait une faible représentativité. A l'Assemblée Générale du 5 juin 1960, il réunissait 23 présents et 21 pouvoirs, couvrant au total 21 clubs, soit le dixième environ des clubs existants. Toutefois, un mouvement était amorcé.

Le 1er janvier 1960, MARCHAND était l'objet d'une nomination professionnelle à Paris, dans une fonction qui l'amenait à de multiples déplacements sur l'ensemble de la France. Il proposa au Président du C.N.S., GÈZE, de devenir le "représentant en spéléologie" du C.N.S. GÈZE donna son accord et son appui en instituant MARCHAND Délégué Général du C.N.S., avec mission de multiplier les contacts; cette décision fui confirmée en A.G. du 5 juin I960.

Vers le 15 février 1960, MARCHAND rencontra LETRONE à Lyon, et cet entretien déboucha sur une amitié constructive et une action fédérative commune.

Le 28 septembre 1960 était créé à Lyon le Comité Départemental de Spéléologie du Rhône. C'était le premier C.D.S. français (un Comité Départemental avait bien été créé à Valence en 1952, mais il s'agissait là d'une initiative du Préfet de la Drôme, sans aucune visée fédérative).

D'autres contacts furent pris par MARCHAND dans diverses régions de France : Provence, Côte d'Azur, Roussillon, Charentes, Est de la France et région parisienne.

Le 3ème Congrès National qui se tint à Marseille du 3 au 6 juin 1960 regroupa une centaine de participants et permit de nombreuses rencontres. De même, le stage de formation d'initiateur tenu à Vallon du 4 au 16 juillet 1960 reçut la visite de MARCHAND, Délégué Général du C.N.S., DUBOIS, Secrétaire Général de la S.S.F, et LETRONE, Délégué C.D.S. du Rhône. Ces visites permirent d'informer les stagiaires des buts poursuivis par le C.N.S.

Lors de la réunion du Conseil du 13 novembre 1960, le C.N.S. regroupait 65 clubs. L'année 1961 fut une année particulièrement active. Elle vit tout d'abord le Bulletin du C.N.S. reprendre le nom de Spelunca (4ème Série) sous le double patronage C.N.S. - S.S.F.

Il devenait nécessaire de définir les rôles respectifs des deux associations nationales.

En Assemblée Générale Extraordinaire du 22 avril 1961, par une modification des statuts, le C.N.S. se fait union d'associations et se déclare Fédération des Associations Spéléologiques Françaises (éditorial GÈZE: "De l'unité à la multiplicité, de la dispersion à l'union").

Bernard Gèze, 1961. Cliché J. Choppy

La fin de l'année 1961 vit une extrême confusion s'installer. Les réunions se multipliaient dans les cadres les plus divers et des prises de position s'affirmaient de façon parfois virulente. Nous gardons de l'époque le souvenir de quelques unes de ces réunions ou nous avons apporté la présence et la participation ou la contradiction.

Réunion le 1er juillet des "conjurés de Beaurepaire" avec le C.D.S. du Rhône, le Spéléo Club du Forez, le Groupe Spéléo Valentinois, et le Spéléo Groupe du C.A.F, de Grenoble. Ou encore ce feu de camp d'août 1961, sur le Vercors, où CHOPPY fit devant 4 ou 5 clubs en expédition un plaidoyer pro F.F.S. Ou encore cette réunion du 14 octobre 1961, tenue rue Ginoux à Paris et réunissant BONNET, CARO, CHOPPY, MARCHAND et PELTIER. A l'issue de cette réunion de travail, une motion, à laquelle DUBOIS et LETRONE adhérèrent par courrier, fut arrêtée. En voici le texte :

Jacques et Brigitte Choppy. Cliché P. Martin

"Considérant que l'existence de deux organismes nationaux groupant les spéléologues constitue une perte de temps, d'énergie, et entretient des confusions et querelles, nous demandons que les Assemblées Générales du C.N.S. et de la S.S.F., réunies en novembre 1961 donnent pour mission à leurs Conseils de prévoir les modalités d'une fusion en un organisme unique"

Cependant, le C.N.S. continuait son action de fédération de fait.

- réalisation d'un stand de propagande spéléo au Salon de la Nature de la Foire de Paris du 18 au 29 mai 1961 ;

- stage d'initiation à Vallon du 9 au 20 juillet 1961, avec exposé de MARCHAND sur l'organisation du C.N.S. ;

- stage réalisé par LETRONE à Lyon dans le cadre du Comité Départemental ;

- organisation d'un stage de plongée spéléologique à Bendor du 10 au 17 septembre 1961.

En octobre 1961, l'envoi aux clubs par MARCHAND et PELTIER, au nom du Bureau, d'une lettre attirant leur attention sur les avantages (notamment dans le domaine des subventions) liées au regroupement au sein d'une fédération, fut suivi d'un extraordinaire ralliement de clubs au C.N.S. L'Assemblée Générale du C.N.S. du 25 novembre 1961 pouvait compter 37 clubs présents, 21 représentés par pouvoir et 28 adhésions nouvelles : au total 86 clubs. En un an, le nombre des clubs adhérents avait quadruplé. Cette même Assemblée Générale, matérialisant la décision prise en A.G. du 30 mai 1959, mettait en place, sur proposition de MARCHAND, des délégués départementaux dans 50 départements français.

En fin 1961, le C.N.S. avait acquis la dimension d'une Fédération. La S.S.F., de son côté, avait mis à profit l'année 1961 pour rallier ses adhérents. A son Assemblée Générale du 26 novembre 1961. elle décomptait 40 présents et 115 représentés, soit un total de 155 membres. Néanmoins, une inquiétude se faisait jour quant à l'unification de la spéléologie, et le Président CAVAILLÉ exprimait clairement qu'il ne croyait "pas possible de faire disparaître les deux organismes pour les remplacer par un organisme unique".

4.3. La fusion C.N.S. - S.S.F.

A l'issue de leurs Assemblées Générales respectives des 25 et 26 novembre 1961, le C.N.S. et la S.S.F, décidèrent de créer une commission mixte, destinée à étudier toutes les solutions possibles, depuis la fusion des deux associations jusqu'à une séparation complète.

Les membres désignés pour cette commission étaient :

- C.N.S. : GÈZE, CARO, DURET, MARCHAND, ROUIRE;

- S.S.F. : CAVAILLÉ, DUBOIS, GRANIER, SÉRONIE-VIVIEN, BONNET.

La commission se réunissait en séance de travail les 9 et 16 décembre 1961 pour établir un questionnaire. Ce questionnaire fut envoyé à tous les membres du C.N.S. et de la F.F.S. durant la première semaine de janvier 1962. Le dépouillement des réponses a été effectué lors d'une réunion de la commission le 10 février 1962.

Il est intéressant de reproduire ci-après les résultats du dépouillement du questionnaire d’information.

 

 

Questionnaires

envoyés

Réponses

reçues

Pourcentages de

réponses

Membres du C.N.S.

150

76

51 %

Membres de la S.S.F.

410

129

32 %

Questions posées

Réponses

 

C.N.S.

S.S.F.

Toatl

 

oui

non

oui

non

oui

non

1) Etes-vous bien informé du travail réalisé par les organisations nationales actuelles ?

32

43

77

45

109

88

2) Etes-vous bien informé de l’activité des groupes spéléos français ?

33

41

76

47

109

88

3) la publication actuelle vous satisfait-elle ?

47

25

83

36

130

61

- souhaitez-vous une orientation plus sportive ?

16

26

29

44

45

70

- souhaitez-vous une orientation plus scientifique ?

19

21

37

38

57

59

- souhaitez-vous des publications séparées ?

17

37

30

63

47

100

.

4) Réservez-vous la publication de vos travaux à Spelunca et aux Annales ?

57

12

69

24

126

36

L’organisation de la spéléo nationale doit-elle :

           

5) être conservée dans son état actuel ?

11

64

46

81

57

145

6) évoluer vers une séparation C.N.S. – S.S.F. ?

11

61

16

102

27

163

7) évoluer vers une entente statutaire C.N.S. – S.S.F. ?

63

11

105

19

168

30

 

Les différentes formes de liaison possible ont été dégagées lors d'une réunion, le 3 mars. Elles ont été présentées pour discussion à une réunion commune des conseils du C.N.S. et de la S.S.F, le 25 mars. Ces conseils ont retenu un projet d'union destiné à être soumis pour approbation aux Assemblées Générales du C.N.S. et de la S.S.F, prévues pour le 10 juin 1962.

Un très fort pourcentage des membres du C.N.S. et de la S.S.F, s'était exprimé pour une liaison accrue entre les deux organismes. Cette poussée à l'union fut commentée par GÈZE dans son éditorial "Individualisme ou collectivisme". Il écrivait notamment : "II n'est pas de spéléologues scientifiques qui ne doivent être d'abord un sportif et il n'est pas de spéléologue sportif qui ne doive connaître les principes du creusement des cavernes et de la circulation des eaux dans le calcaire". Nous renvoyons au Spelunca 1962 n° 1 (page 56 et suivantes) pour prendre connaissance des textes intégraux de l'organisation future de la spéléologie nationale et de l'organisation provisoire des relations C.N.S.-S.S.F. qui devaient être soumis à la délibération des assemblées générales des deux associations.

Le 4ème Congrès National de Spéléologie se tint à Malvaux, près de Belfort du 9 au 11 juin 1962, organisé par l'A.S.E. (Association Spéléologique de l'Est). Il regroupait 182 participants et 58 accompagnateurs. 37 communications furent présentées. A l'occasion de ce Congrès, C.N.S. et S.S.F, tinrent chacun, comme prévu, leur Assemblée Générale le 10 juin 1962. L'A.G. S.S.F, était sous la présidence de CAVAILLÉ, président en exercice. Pour le C.N.S., GÈZE, président sortant empêché, avait délégué par lettre ses pouvoirs à MARCHAND.

La consultation pour l'approbation du projet d'organisation future et pour l'organisation provisoire commune donna les résultats suivants :

- C.N.S. : suffrages exprimés 432 ; OUI 419 ;  NON 12 ;  nul 1

- S.S.F. : suffrages exprimés 120 ; OUI 112 ;  NON 14 ; abstentions 5

 

Il restait à mettre en place un bureau commun pour la structure provisoire. Dans une réunion tenue le matin du 10 juin, le conseil du C.N.S. avait décidé, pour faciliter la mise en route de l'organisme provisoire, de ne pas pourvoir le poste de président pour l'année à venir; ce qui fut fait, la direction du C.N.S. étant assurée de fait pour cette année par le Délégué Général MARCHAND. La S.S.F., en revanche, avait élu un bureau normal, sous la présidence de CAVAILLÉ.

Le lundi 10 juin 1962, une réunion commune des conseils C.N.S. - S.S.F. désignait un bureau provisoire chargé de mettre en place l'organisation commune. Les fonctions étaient également partagées entre les représentants des deux associations :

Congrès de Bordeaux, 1966. De face : Ginet, Gèze, Séronie-Vivien, de Joly.

De dos : Mme et Mr Cavaillé.

Président: CAVAILLÉ ; Vice-présidents: de LAVAUR et SÉRONIE-VIVIEN ; Secrétaires: BONNET et GARNIER ; Trésoriers: GACHE et NUFFER. MARCHAND était confirmé dans les fonctions de Délégué Général pour l'organisation provisoire commune.

Des Directeurs de commissions étaient également désignés pour assurer la marche des institutions anciennes. On notera la création d'une commission des stages qui fut confiée à LETRONE. On sait l'évolution que devait connaître cette commission sur son impulsion, pour devenir l'École Française de Spéléologie sur décision du Conseil du 30 mars 1969.

Il restait à rédiger le texte des statuts de la nouvelle organisation spéléologique nationale.

La fin de l'année 1962 fut toute occupée par de multiples réunions de mise au point des nouveaux statuts. Bien que les principes généraux fussent parfaitement admis par les deux parties, l'adoption et la rédaction des points de détail donnèrent lieu à de multiples échanges de correspondance et à de vives discussions, notamment entre BONNET, DUBOIS et MARCHAND.

Enfin, le 13 janvier 1963, une réunion commune des Conseils S.S.F.- C.N.S. décidait de concrétiser la fusion des deux associations nationales de spéléologie par la création de la Fédération Française de Spéléologie (S.S.F.-C.N.S.). Le projet de statuts arrêté le même jour était publié dans le Spelunca 1963 n° 1 et distribué à tous les membres.

Il restait à le faire ratifier en A.G. extraordinaire et à procéder à la dissolution des deux anciens organismes. Le 1er juin 1963, à l'occasion du Congrès National de Millau, C.N.S. et S.S.F, tiennent leur A.G. extraordinaire. A cette date, la S.S.F. comptait 331 membres à jour de cotisation, le C.N.S. comptait 82 clubs représentant 944 spéléos à jour de cotisation.

- La S.S.F, tient en premier son Assemblée avec 102 membres présents ou représentés. A la surprise générale et avec une éloquence convaincante, PALOC remet en question tout le projet et suscita dans l'assemblée une discussion générale passionnée. Pris à partie par GRANIER, le Président CAVAILLÉ, puis GÈZE et de LAVAUR indiquent qu'ils n'ont pas toujours été favorables à l'union, mais que l'évolution des idées a rendu ce fait indispensable. En définitive, la décision d'unir la S.S.F. au C.N.S. pour former la Fédération Française de Spéléologie est votée par 7 OUI, 25 NON et 1 blanc.

- Le C.N.S. tient à son tour son assemblée. De LAVAUR invite les clubs à adopter les statuts "dont seul un essai loyal démontrera s'ils sont valables". La mise au vote de l'union avec la S.S.F. n'amène aucune discussion et la décision est prise à l'unanimité des votants. Restait à tenir l'assemblée générale constitutive de la Fédération.

Elle se réunit le 1er juin à 23 heures sous la présidence de Robert de JOLY, doyen d'âge.

Les nouveaux statuts de la F.F.S. sont approuvés par 261 OUI, 1 NON et 8 abstentions.

Nous renvoyons au compte-rendu publié dans Spelunca pour la liste des membres du Conseil élus soit à titre individuel, soit comme représentants des clubs, soit comme Délégués Régionaux. Le 3 juin, le nouveau conseil d'administration élisait le bureau qui était ainsi composé : Président : CAVAILLÉ ; Vice-Président: de LAVAUR ; et DUB0IS ;
Secrétaire-Général : MARCHAND . Secrétaire-Général Adjoint : LAUTIER ;
Trésorier: NUFFER ; Trésorier Adjoint : POMMIER

La Fédération Française de Spéléologie était née.

Jean Lautier, 1975

4.4. Les premiers pas de la F.F.S.

La F.F.S. était donc née le 1er juin 1963. Ce même jour. Un autre événement Spéléologique grave intervenait : le drame de la Goule de Foussoubie.

Une équipe spéléo surprise par la crue voyait périr deux de ses équipiers. La protection civile intervenait avec des moyens importants et des méthodes qui n'étaient peut-être pas les mieux adaptées à la circonstance. Cela avait coûté 30 millions de l'époque.

La protection civile présenta la facture à la F.F.S., en l'informant que le Ministère de l'Intérieur se disposait à sortir un texte de réglementation de la spéléologie (cette intention s'est manifestée de façon cyclique, à plusieurs reprises depuis). C'est à MARCHAND, en tant que Secrétaire Général, qu'il incomba de traiter avec la protection civile, en la personne de Mr DOUARD qui se révéla un interlocuteur bien intentionné, mais difficile à convaincre. A la suite de multiples entretiens, une réunion fut tenue à Lyon le 24 mai 1964 avec des représentants de la protection civile, du H.C.J.S., de la commission des Secours et des responsables régionaux et départementaux de la Fédération. Il en résulta la mise en place, dans le cadre du plan ORSEC, d'un dispositif de secours spéléologique pour la région pilote Rhône-Alpes.

D'autres soucis concernent le fonctionnement du bureau. Avec un Président à Montauban, un Secrétaire Général à Paris et un Trésorier à Gray (Haute-Saône), il y avait des problèmes de courrier qui se résolvaient par lettres ou par bande magnétique (à l'époque, le magnétophone n'était pas d'un usage courant). Le siège social de la F.F.S. avait été situé au B.R.G.M., 74 rue de la Fédération à Paris. Ce n'était qu'une boite aux lettres, qui fonctionnait assez mal. Une boite postale fut ouverte, mais elle fut, par obligation administrative, située à la poste centrale du 15ème arrondissement. En fait, il arrivait du courrier à 7 adresses différentes, aux quatre coins de Paris: Muséum d'Histoire Naturelle, rue de Buffon ; premier siège du C.N.S. 26 rue de la Pépinière ; 69 rue de la Victoire; 74 rue de la Fédération ; lieux successifs de localisation du B.R.G.M., de la S.S.F, puis du C.N.S. ; "BP 49" nouvellement ouverte dans le 15ème arrondissement ; et... au domicile privé de MARCHAND et de VILA. Ce dernier qui dirigeait les Publications Fédérales et avait été Vice-Président de la S.S.F, recevait pêle-mêle un courrier où se mêlaient les projets d'articles, mais aussi des demandes d'abonnement dont il n'avait pas à s'occuper, voire des demandes de renseignements les plus divers.

Cela conduisit MARCHAND et VILA à un travail de collaboration suivi qui s'exécutait dans la chambre de l'un ou de l'autre. Machine à écrire, ronéo, magnétophone, dossiers et même un antique adressographe à plaques métalliques s'empilaient joyeusement sur tous les meubles disponibles.

En 1964, la F.F.S. comptait (à jour de cotisation) 294 membres individuels et 117 clubs regroupant 1324 membres. Le secrétariat devait donc gérer un total de 1636 spéléos. Il devint nécessaire de faire appel à une secrétaire à temps partiel, mais un local était également nécessaire.

Un palliatif fut trouvé par la sous-location clandestine d'une toute petite salle, dans un gymnase situé dans les rues chaudes de Pigalle, Nous étions trois à collaborer, avec l'aide, une fois par semaine, d'une secrétaire, accompagnée d'un inséparable enfant en bas âge. L'exiguïté du local, le cliquetis de la machine à écrire et les fantaisies de l'affreux jojo qui tapait sur les meubles et renversait les dossiers rendaient la situation intenable. Il fallait trouver un vrai local.

Trouver un local pour y installer un bureau n'est pas chose simple, la législation comportant des conditions draconiennes. C'est par une relation de GÂCHÉ, après de multiples recherches infructueuses qu'une première pièce en vente fut trouvée dans un vieil immeuble de la rue Saint-Maur (11ème arrondissement).

Il ne manquait plus que l'argent pour l'acheter (20000 francs). Le H.C.J.S. fit un geste et quelques spéléos parisiens firent l'avance du complément. Pour couvrir la dépense définitive, un appel fut adressé à tous les fédérés pour une contribution volontaire exceptionnelle. 142 dons furent reçus, représentant un total d'environ 3500 francs. Quel beau geste fédéral ! Dans les années qui suivirent, deux autres pièces furent achetées, et c'est dans ces trois pièces que se situe l'actuel siège social fédéral.

Il avait fallu d'abord remettre en état cette première pièce. Le plancher s'effondrait et le plâtre des murs était pourri. MARCHAND, qui cumulait, avec les fonctions de Secrétaire Général de la F.F.S. celles de Délégué Régional de la région A (à l'époque 32 départements), avait provoqué la fondation du C.O.S.I.F. (Comité Spéléologique d'Ile de France) qui regroupa, au départ, 11 clubs de la région parisienne.

C'est en s'appuyant sur l'aide bénévole du C.O.S.I.F., qu'il put faire remettre en état le local. Les travaux se faisaient le soir, après la journée de travail de chacun. Rappelons un certain soir de mai 1965 où, pour refaire le parquet, on avait sorti tous les meubles dans la cour. Les autres locataires, alertés par les coups de marteau de l'équipe de MERAVILLE se penchaient aux fenêtres pour regarder avec ahurissement MARCHAND, VILA et quelques autres travailler au plein milieu de la cour, à la lueur d'une ligne électrique de fortune, au tirage, au tri et à la mise sous enveloppe de la convocation à la prochaine A.G. Avec le téléphone, des meubles prêtés (sic) par la S.N.C.F., le secrétariat pouvait tourner. Les bonnes volontés affluèrent. Citons, mais tous ne seront pas cités, DAIROU et DUMONT qui devaient faire leur chemin dans les instances nationales ; HOUSSAIS, dit Petit-Louis, qui quinze ans après manœuvrait encore la "Gestetner" ;  VILA bien sûr, BAKALOWICZ, FRANCK, MARTEAU, MERAVILLE, et combien d'autres encore qui me pardonneront de ne pas les nommer.

Gabriel Vila, 1961

Convenablement installée, la Fédération pouvait continuer l’œuvre entreprise par le C.N.S.: mise en place de structures régionales et départementales, poursuite des Publications (Spelunca, Mémoires et Inventaires), développement de l'École Française de Spéléologie, création de commissions multiples (Scientifique, Secours, Assurance, Plongée, Matériel, Photo-Ciné, etc).

Le point succinct de ces réalisations, à la date de 1969, est fait dans Spelunca 1969 n°3.

C'est ici que nous arrêterons ce récit. La vie fédérale a continué, bien sûr, et bien des changements sont intervenus depuis, mais cela sera une autre histoire.

En guise de conclusion

Cette Fédération qui date de vingt ans peut sembler désuète à ce jour, mais elle représentait un grand pas en avant pour les spéléos français.

Les individuels qui recherchaient dans l'ex-S.S.F. principalement des possibilités d'échanges à caractère scientifique y trouvaient une place, qu'il ont encore à l'heure actuelle (les individuels constituent dans la F.F.S. un "noyau" stable d'environ 400 personnes qui semblent s'y trouver à l'aise). Les "Jeunes" qui avaient le sentiment que l'ex-C.N.S. n'offrait pas aux clubs tout ce qu'ils étaient en droit d'attendre, trouvaient apparemment les statuts F.F.S. à leur goût, puisque c'est à l'unanimité du vote qu'ils les avaient adoptés à l'A.G. du C.N.S. du 1er juin 1963.

Bien sûr, dans les années qui suivirent, des inconvénients apparurent et des aménagements durent intervenir, mais le bilan d'ensemble était positif.

S'il faut tirer une conclusion, je m'adresserai aux actuels "mécontents". Lorsque les "jeunes" que nous étions, pensions que le C.N.S. et la S.S.F, ne correspondaient pas à nos aspirations, nous somme entrés dans le "système" et en usant légalement et démocratiquement des règles régissant ces deux organismes, nous avons lutté et agi pour faire changer les choses. Ce mode d'action est toujours valable, et il est intellectuellement honnête. Que les "mécontents" usent donc des règles en cours à la F.F.S. et en premier lieu du vote ; si leur point de vue est bon, il finira par convaincre, puis vaincre.

C'est la seule méthode démocratique d'action.

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