Ecole Française de Spéléologie - Stage Initiateur / Perfectionnement - Août 2003

Journée Topographie

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Essai sur l’enseignement de la topographie

par Pierre Boudinet

En espérant que ce document reflètera de façon encore assez fidèle, bien que schématique, ce qui fut dit lors du stage.

1- Des différentes façons de décrire une cavité.

  • On peut en parler, réaliser une production littéraire à son propos. Eventuellement emprunt de subjectivité, intéressant à ce propos pour connaître des ambiances, des impressions, ainsi qu’une partie de l’historique de la cavité.
  • On peut pointer la cavité, ainsi que d’autres phénomènes karstiques attenants, sur une carte. Utile pour « savoir où c’est et comment y aller », ainsi que pour corréler la cavité à d’autres phénomènes : Espoirs de jonctions, continuations selon des directions de fracturation dominantes ou des directions de gradient hydraulique…
  • Enfin on peut réaliser un croquis, plus ou moins précis, de la cavité ; une topographie :

- En coupe, intéressant pour reconstituer une fiche d’équipement, identifier différentes étapes de creusement, par exemple. Parfois, on peut équiper mieux que les fiches pré-existantes l’indiquent, c’est une raison de préférer se passer de fiches et utiliser la topographie.

- En plan, intéressant pour s’orienter, identifier des directions préférentielles.

- Les sections permettent d’identifier le remplissage et la morphologie de la galerie : Outre des renseignements sur la progression (étroitures par exemples) cela donne des renseignements sur l’histoire du creusement de la cavité.

2- La topographie, pourquoi faire ?

  • Si elle existe déjà (cas d’une « classique ») elle permet de mieux progresser, équiper. Elle permet de commencer à prévoir les zones à risques (crue) et d’imaginer des stratégies de repli.
  • Elle permet de mieux se représenter le réseau, de mieux s’y orienter, de ne pas s’y perdre.
  • Corrélée avec d’autres éléments (fracturation par exemple) elle peut permettre de « trouver la suite ». Elle aide à comprendre comment ça fonctionne et/ou a fonctionné.
  • Enfin en cas de première elle est indispensable afin de pouvoir commodément continuer cette première en progressant dans un lieu « connu », et de publier quelque-chose d’intéressant.

3- Principes de la topographie

Il s’agit de réaliser un canevas (« squelette » composé de différents points topographiques et des lignes les reliant) ; puis d’habiller ce canevas (dessiner la forme de la galerie autour du squelette). Pour finir, il faut rajouter les sections.

Pour construire le squelette, on positionne les différents points les uns relativement aux autres en repérant la direction (relativement au nord magnétique ou géographique), le dénivelé, ainsi que la distance.

L’habillage sera facilité (voire possible) si les dimensions de la galerie sont mesurées ; au niveau de chaque point topographique et éventuellement ailleurs on mesure la distance aux parois.

Lors du levé de la topographie (la conduite dans la cavité des mesures qui permettrons de réaliser le squelette ainsi que le relevé de différents schémas), il est conseillé de :

  1. Matérialiser les points topographiques (papier par exemple) de façon à « pouvoir y revenir en cas d’erreur ». Cela permettra avant de commencer de vérifier que les points topographiques sont en vue l’un de l’autre.
  2. Préférer les visées sub-horizontales ou verticales aux visées obliques (cas de puits), cause précision.
  3. Réaliser un croquis grossier, en plan, positionnant approximativement les points et les parois et autres éléments de la cavité, cela aidera à détecter des erreurs et à habiller.
  4. Sauf en siphon, de procéder à plusieurs avec des rôles bien distincts (lors d’une sortie, changer les rôles peut être source d’erreur même si c’est aussi un moyen d’apprendre). Un « secrétaire » qui renseignera la tableau ainsi que le croquis en plan, et relèvera les différentes sections. Une ou deux autres personnes qui mesureront. Par exemple l’un va au point suivant et porte le décamètre qu’il déroule, il lit et communique la mesure de distance. Puis il aide (éclairage) l’autre à mesurer les directions et dénivelés.
  5. Mesurer des pendages de strates et fracturations et les reporter sur la topographie. Voir un article de Robert Thérond dans Spelunca : « Le lever des réseaux karstiques ».

4- Les instruments de la topographie

  • La distance : Un double décamètre avec ruban en fibre de verre et non « plastique de supermarché » sensible à la température. Le topofil est un instrument utile si on procède seul mais source de nombreuses imprécisions. Au pire (panne de décamètre en exploration) mieux vaut compter en nombre de pas ou de reptations que de ne rien faire – Avec un kit dans le dos, on ne rampe pas pareil que sans rien dans le dos, en tenir compte si on pose le kit !
  • La direction : Le compas de relèvement. Attention aux pièces ferreuses et autres sources (aimant dans un compteur de vélo d’un boîtier topo) de déviations magnétiques. Bien préciser si la visée est directe ou inverse.
  • Le dénivelé : Un clinomètre. Bien préciser si la visée est directe ou inverse. Clinomètre du pauvre : rapporteur avec niveau ou fil à plomb. Mesure très précise de petits dénivelés (hydrologie) : Niveau de maçon, deux tubes transparents gradués reliée par un tuyau souple. Cavités sub-horizontales : Possibilité d’estimer « au pif », peu d’incidence, d’erreur, sur une topographie en plan. Le combiné Suunto contient un clinomètre et un compas.
  • En plongée le fil d’Ariane métré, fléché, sert de mesure de distance en même temps que d’agrès de progression. Les dénivelés sont mesurés au profondimètre, et les directions avec le compas ou la boussole du plongeur (moins précis, déviations à cause des bouteilles).

Il faut vérifier, étalonner les instruments, les comparer entre-eux, avant d’aller sous terre topographier.

5- La qualité

Il est conseillé de réaliser des boucles plutôt que des étoiles, cela permet d’estimer la précision (fermeture ou non de la boucle) de la topographie. Une topographie aller-retour est possible en guise de boucle aplatie.

Des chiffres jaugent de la précision du squelette :

"1" = Croquis d’exploration, tout est estimé.

"2" = Degré 3 dégradé, par exemple si quelques mesures ont du être estimées.

"3" = Tout est mesuré, précision inférieure à la dizaine de pour cent – cas fréquent en siphon, on peut beaucoup mieux faire au sec.

"4" = Degré 5 dégradé, par exemple si un instrument s’est déréglé ou si une station était très pénible.

"5" = Tout est mesuré, précision inférieure à quelques pour cent, on lit les instruments à la graduation la plus fine près.

"6" = Topographie de précision ultime, au théodolite (instrument de géomètre).

Des lettres jaugent la précision de l’habillage :

"A" = Tout est estimé.

"B" = Mesures au niveau des stations.

"C" = Mesures au niveau des stations et entre, chaque fois que nécessaire.

Selon la qualité, différents usages sont ou non possibles :

  • Un forage (captage d’eau, secours) n’est envisageable qu’avec une topographie très précise, de préférence vérifiée par repérage magnétique ou sismique.
  • Du degré 3 suffit pour comprendre la morphologie du réseau, imaginer « ou pourrait être la suite », voire reporter sur une carte pour corréler à des phénomènes de surface.
  • Mieux vaut du degré 1 que rien !

 

La topo réalisée aux cavottes

 

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 Mercredi 20 août

 

 

 

 

 

 

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