Ecole Française de Spéléologie - Stage Initiateur / Perfectionnement - Lot 2003

Karstologie-Topographie : travail de recherche

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Traditionnellement le programme d'un stage Initiateur prévoit une journée consacrée à la topographie et à la karstologie. Depuis longtemps l'enseignement purement théorique a été abandonné, au profit d'une petite étude de terrain pour laquelle l'apprentissage et l'évaluation des "savoir faire" ont plus d'importance que les "savoirs savants". Cette année, cette journée a aussi été proposée aux stagiaires "perfectionnement" volontaires.

Le choix s'est porté sur un secteur tout proche de la Base : l'éperon de Conduché, au confluent du Lot et du Célé (carte topographique).

Cette zone avait déjà fait l'objet d'une étude lors d'un stage Initiateur en 1987, don't les résultats avaient été publiés dans la revue Spelunca, sous le titre "la Grotte de la Racine, topographie et karstologie en stage Initiateur".

Ce travail proposait des hypothèses et soulevait des questions auxquelles nous avons voulu tenter de répondre cette année, en étudiant cette fois le versant est de l'éperon, et notamment les grottes du Hibou, du Silex, du Requin, et du Quartz.

1. Situation.

L'éperon de Conduché (commune de Bouziès, Lot) se présente sous la forme d'une "langue" calcaire de 200 à 300 mètres de large, séparant le Lot et le Célé au niveau de leur confluent. La grotte de la racine domine la vallée du Lot à l'ouest, les quatre grottes topographiées cette année surplombent le Célé de quelques dizaines de mètres, et s'ouvrent dans des escarpements calcaires entre 180 et 200 mètres d'altitude.

2. Description succincte

2.1. La grotte du Hibou (CL = 545,38 - 242,70 - 187)  

Ces coordonnées ont été mesurées grâce au positionnement satellitaire (2 GPS), avec une précision annoncée comme "très satisfaisante").

La grotte du Hibou s'ouvre dans les buis, et débute par un couloir d'entrée en pente raide suivi immédiatement d'un ressaut de 2 mètres. La galerie descendante se poursuit et après un passage bas "maçonné" débouche perpendiculairement dans une galerie plus vaste.

On peut remonter cette galerie en pente raide vers la droite sur une dizaine de mètres, jusqu'à une obstruction de cailloutis qui doit se situer bien près de la falaise. Vers la gauche, la galerie se poursuit en descente et s'achève dans une zone ramifiée et concrétionnée, dans laquelle on peut remonter des cheminées sur une quinzaine de mètres au moins.

Deux autres branches se dirigent vers la falaise ; l'une est obstruée à la cote -2m, et l'autre -12m, par de la terre et des racines.

2.2. La grotte du Silex (CL = 545,38 - 242,85 - 187)     

L'entrée de la grotte du Silex se trouve à la même altitude que celle du Hibou. Enfin, la principale des trois ou quatre autres entrées de grottes présentes ici. Dès le départ, on se rend compte de la complexité de cette cavité : plusieurs galeries se superposent, se recoupent. On observe au plafond une stratification très fine et litée, provoquant le décollement de petites dalles d'un calcaire très blanc.

Comme pour la grotte du Hibou, on débouche dans une galerie bien plus spacieuse et descendante, dans laquelle le concrétionnement est abondant. On y trouve de vastes coupoles de dissolution emboîtées, du même type que celles de la grotte de la Racine. Plusieurs ramifications permettent de faire des petites boucles, le profile en "trou de serrure" de ces petites galeries est très fréquent. Cette zone sèche semble particulièrement accueillante pour quelques chauves-souris.

Au bout de quelques dizaines de mètres, et plusieurs ressauts, la galerie principale se poursuit par un puits vertical de 7 mètres puis d'un autre d'une dizaine de mètres. A partir de là, la galerie n'est plus du tout sèche mais au contraire particulièrement humide et argileuse. Elle s'achève d'ailleurs sur un bouchon d'argile.

2.3. La grotte du Requin (CL = 545,35 - 242,84 - 180)     

Légèrement plus élevée en altitude que les deux précédentes, l'entrée de la grotte du Requin se présente sous la forme d'un porche de deux mètres de large pour 6 mètres de haut environ. C'est à mi-hauteur que l'on doit se faufiler au travers d'un remplissage de cailloutis anguleux et cimentés pour pénétrer à l'intérieur de la cavité.

La suite est une galerie descendante de dimensions confortables, assez tortueuse, présentant un profil en trou de serrure surcreusé. Une vaste galerie subhorizontale lui fait suite, bientôt obstruée vers l'ouest par un massif concrétionné très sec. En direction de l'extérieur, cette galerie va en se rétrécissant, le concrétionnement est omniprésent, sous la forme de quelques fistuleuses, voire d'ossements recouverts d'une pellicule de calcite.

2.4. La grotte du Quartz (CL = (545,36 - 242,86 - 163)     

C'est la grotte la plus septentrionale que nous avons visitée (mais il y en a sûrement bien d'autres). C'est aussi le plus grand porche d'entrée : 10m de haut et 5m de large. Rectiligne et horizontale sur une vingtaine de mètres, la galerie d'entrée se rétrécitd ensuite rapidement alors que le plafond s'abaisse. Un pendage des strates vers l'ouest est ici bien visible. Puis la galerie prend une forme exemplaire de "trou de serrure", dont la voûte est particulièrement lisse et blanche.

Nous sommes ici à 50m de l'entrée de la grotte, et c'est à cet endroit qu'on peut observer la chose la plus originale du site : parmi les cailloux qui recouvrent le sol se reconnaissent aisément des galets de quartz, de granite, des fragments de grès et d'une roche volcanique (?). Certains de ces galets pèsent largement 3 à 4 kilos.

La galerie s'élargit et s'élève ; le plafond présente sur ses parties horizontales des formes facilement identifiables comme étant des "lapiaz de voûte". Les parois deviennent très découpées, corrodées. Certaines parties sont recouvertes d'oxydes (fer, manganèse ?) donnant des teintes rouges et bleutées du plus bel effet.

Au-delà, la galerie devient plus étroite, et un trottoir de calcite est très visible de part et d'autre. Puis après un passage plus étroit, elle se tranforme en un boyau subitement très humide et argileux, dans lequel le sommet du trou de serrure est recouvert d'innombrables concrétions excentriques. La grotte développe au total 120 mètres de galerie.

3. Interprétations.

3.1. Des points communs entre ces quatre grottes.

  • Leur proximité (moins de 300m entre Hibou et Quartz) et leur altitude pratiquement identique.
  • Il s'agit de galeries descendantes, dans une direction conforme au pendage visible dans Quartz.
  • Ce sont des grottes fossiles, très sèches sauf fond de Silex et Quartz.
  • Malgé le concrétionnement, on peut déceler des formes évidentes d'érosion (coupoles, lapiaz de voûte, trous de serrure).

3.2. Des différences notables.

  • Contrairement au cas général, c'est la grotte la plus basse en altitude (Quartz) qui présente le porche le plus volumineux. D'ailleurs, d'autres porches tout aussi vastes se trouvent au niveau de la route.
  • Les galets "allogènes" trouvés dans la grotte du Quartz (qui proviennent des environs de Figeac, à près de 40 km de là), ne se rencontrent dans aucune des 3 autres grottes.

3.3. Hypothèse probable.

L'ensemble des observations réalisées tend à confirmer l'hypothèse de captures du Célé au travers de l'éperon, sortes de "raccourcis" souterrains shuntant le grand méandre de Conduché et le confluent. Nos quatre grottes, comme toutes les autres sur ce versant est, seraient bien des pertes du Célé, et la grotte de la Racine une résurgence.

D'ailleurs, on a pu observer récemment, lors d'un étiage prononcé du Célé, qu'une partie des eaux du Lot s'infiltrait avant le confluent, passant sous l'éperon de Coudoulous pour résurger dans le lit du Célé à sec* (photo) !

Alors, pourquoi pas aussi du Célé vers le Lot ?

* (Thierry Pélissié, communication personnelle)