Les stages et publications de

l'Ecole Française de Spéléologie

 


 

 

Spelunca n°95 - 3ème trimestre 2004

 

La formation de moniteur fédéral de spéléologie

 

Nicolas Clément, Stéphane Jaillet, Laurent Ruiz

 

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Un moniteur a souvent une large implication dans la fédération en assurant une ou plusieurs responsabilités sur le plan local et/ou national. Ce n'est donc pas seulement un référent technique ou un formateur d'initiateurs, mais aussi un militant fédéral. Paradoxalement, nous nous rendons compte que la formation moniteur est mal connue. Elle est parfois victime de propos et d'informations infondés voire farfelus. Parfois elle fait peur. Ceci explique certainement cela... Nous allons essayer de tordre le cou à toutes les idées reçues en présentant le contenu et le déroulement de la formation moniteur à travers :

1- son cursus,

2- la dimension scientifique dans la formation moniteur,

3- une expérience de stagiaire en 2002.

Sur la falaise de Moulis (Ariège), octobre 2003.

 1. LE CURSUS

La formation moniteur se compose de trois modules encadrés par des instructeurs de l’EFS

le module 1 : les tests techniques

le module 2 : l'équipier scientifique

le module 3 : la pédagogie et la vie fédérale

1.1. Le module 1

Le module 1 permet de sélectionner les candidats ayant le niveau physique et technique, défini par le référentiel, pour l'exploration en cavité de classe 4. Le module 1 est généralement planifié pendant les jours fériés ou vacances scolaires et dure quatre jours. Le contenu des jours 2, 3 et 4 est interchangeable.

Jour 1

La présentation

Début du stage en fin d'après-midi : présentation des tests techniques, du niveau exigé, des objectifs à atteindre dans les cavités et des critères d’évaluation. Nous présentons les cavités visitées sans oublier d'insister sur les explorations et l'état de connaissance du massif par les clubs locaux. La présentation du karst , réalisée par l'équipe de cadres ou par un spécialiste de la région, est à nos yeux importante car le moniteur est un spéléologue d'exploration qui doit comprendre le milieu dans lequel il évolue. En effet une cavité, aussi technique et sportive soit-elle, ne doit pas être isolée de son contexte.

L'évaluation topographique

Les stagiaires doivent réaliser un report à partir de notes topographiques. Cet exercice permet de vérifier les bonnes bases du report et permet au stagiaire de prendre conscience de son niveau. Il est en effet impératif qu'un moniteur, formateur d'initiateurs d'une part et explorateur d'autre part, maîtrise la topographie souterraine.

Topographie à la grotte de la Touasse (Ariège), octobre 2003.

Jour 2

Démonstrations techniques en falaise

 

Le stagiaire équipe une voie depuis le haut de la falaise en montrant ses savoir faire : installation de fractionnement, de main courante, de déviation, etc. Il utilise des amarrages variés : plaquettes, pitons, coinceurs, etc. Bref  l'équipeur retire ses gros gants pour faire parler ses mains de dentellière... Le résultat est souvent très esthétique.

Dans la seconde partie de la journée, nous abordons divers exercices techniques : dégagement d'équipier, technique de réchappe, installation de tyrolienne, de palans, etc.

De retour au gîte les stagiaires s'affairent autour du matériel pour optimiser la préparation des sorties du lendemain.

Parfois un questionnaire spéléo est donné aux stagiaires. La correction est collective et permet d'évaluer leur niveau de connaissance générale et de combler leurs lacunes pendant la suite de la formation moniteur.

Jour 3 et 4

Les sorties souterraines

Deux explorations d'envergure dans des cavités variées où s'enchaînent puits, galeries, méandres, rivière, etc. Les cavités sont choisies pour leur intérêt technique et sportif mais aussi pour réaliser de belles sorties en se faisant plaisir, même dans un contexte d'évaluation. A titre d'exemple, en 2002, les participants gardent un excellent souvenir de leurs explos en hautes eaux, au gouffre des Feuilles Mortes et au gouffre Georges (Ariège).

La durée de chaque exploration est d'environ une quinzaine d'heure. Les équipes sont constituées de 2 ou 3 stagiaires et d’un instructeur. L'usage de corde de 9 mm et de type L est imposé pour évaluer la capacité d'adaptation du stagiaire.

A l'entrée du gouffre Georges (Ariège), octobre 2003.

Jour 5

Rangement, bilans individuels et collectif, et départ en fin de journée

L'évaluation communiquée au candidat a pour but de l'aider dans la réussite de sa formation.

1.2. Le module 2

Le module 2 est un stage de cinq jours qui s'intitule " équipier scientifique ". Ce module aborde la connaissance du milieu souterrain et la topographie. Il se déroule alternativement au mois d'avril et pendant l'été. Laissons Stéphane Jaillet, le père du stage nous expliquer son contenu et sa philosophie.

D'une durée de cinq jours, le module du cursus moniteur est aussi le stage national « équipier scientifique » de la commission scientifique de la Fédération française de spéléologie. Quand en 1998, l'idée a germé de refondre la formation des moniteurs de spéléologie, il devenait aussi nécessaire de relancer l'activité enseignement au sein de la commission scientifique. A ce jour, de 1998 à 2003, six stages (figure 1) ont eu lieu autour de cette formule : la grotte du Château de la Roche (25), la grotte de Foissac (12), le système de Foussoubie (07), la Caborne de Menouille (39), le réseau de Pont de Ratz (34) et la Pierre saint Martin (64).

La construction du stage

Elle s'est faite en 1998. Cette année avait lieu le dernier stage moniteur en formule globale (organisé par Rémy Limagne). Durant ces quinze jours passés sur le plateau d'Albion, nous avons consacré un certain temps (2 fois 2 jours) à travailler dans l'aven Autran entre la base de la première zone de puits et le début du grand méandre. Dans ce secteur, une coulée de gélifracts a obstrué le conduit et a généré en amont des lacs. La cartographie complète du site a pu être réalisée rapidement et des interprétations vite dégagées grâce à l'autonomie et à la motivation des stagiaires.

La même année avait lieu à la grotte du Château de la Roche, dans le Doubs, le premier stage « équipier scientifique » (co-organisé avec Didier Cailhol). Ce fut un stage très sympathique où tout le monde a pu travailler sur cette cavité passionnante (réalisation d'un traçage et d'observations géomorphologiques). Cependant l'hétérogénéité du niveau des stagiaires ne facilita pas le déroulement du stage (un stagiaire quasi débutant en spéléo, un autre déjà instructeur...). Il devenait nécessaire de définir un référentiel précis et de fixer un niveau d'entrée au stage. La réforme de la formation moniteur allait le permettre.

L'esprit du stage

Dès lors, le stage se structure autour d'une durée et d'un canevas. Il répond à un certain esprit, celui de former des spéléologues déjà autonomes à des techniques de relevés et d'observations en grotte. Il devient nécessaire que les stagiaires arrivent avec un niveau minimum de pratique. Le stage est donc ouvert aux initiateurs et aux spéléologues totalement autonomes en progression souterraine avec un sac pour une durée de 6 à 8 heures, et connaissant les techniques de topographie souterraine (levé et report avec la méthode graphique au moins). Avec un groupe de stagiaires plus homogène en niveau, mais qui reste heureusement divers en origine, il devient plus riche d'attaquer directement les techniques d'observations face à un public de toute façon à l'aise sous terre.

Car l'objectif n'est pas de faire en cinq jours des scientifiques du karst, mais bien de former des spéléologues aux techniques scientifiques du karst. On entre en science non pas par des cours et des exposés, mais directement en manipulant sur (et sous) le terrain des instruments, des appareils qui sont ceux de la science. Ce n'est qu'après, pris par le goût de l'acquisition des données (et de la restitution) que les stagiaires (certains, pas tous) se plongeront dans les bouquins, rejoindront les colloques et autres rencontres et finalement animeront la vie scientifique de leur région. L'esprit du stage, ce n'est donc pas : venez m'écouter, je vais vous parler de mon karst (même si ce type d'approche est dans le stage quand même), c'est plutôt de dire : faites le vous même, ce n'est pas si difficile, vous y prendrez goût.

David Cantalupi mesure le débit de la rivière souterraine de Pont-de-Ratz. Stage Pont-de-Ratz - avril 2002.

L'organisation du stage

La cavité étudiée, ou portion de cavité, est choisie en fonction d'un objectif avant tout pédagogique : richesse et diversité des problématiques, potentiels attractifs du site, difficultés techniques limitées et surtout temps d'accès au site d'observation réduit au minimum. L'équipe d'animation est pensée autour de deux pôles, celui des encadrants et celui des intervenants.

Les encadrants sont des instructeurs (nécessaires pour valider le module 2 du cursus moniteur), des moniteurs en cycle instructeur ou non et enfin un ou deux spéléos « du coin » qui connaissent parfaitement le massif, assurent le relais avec les spéléologues locaux, et trouvent sur place hébergement et nourriture adapté. Depuis le début de cette série de stage ces co-organisateurs précieux ont été successivement Didier Cailhol, Denise Soulier, Jean Kanapa, Rémy Limagne, Gérard Cazes et Michel Douat. Je les en remercie vivement.

Delphine Molas, Michel Douat et Jacques Bauer lors du dernier stage « équipier scientifique ». Stage Pierre-Saint-Martin - juillet 2003.

Les intervenants sont des spécialistes régionaux en géologie, géomorphologie ou hydrologie et de spécialistes de leur disciplines. Ils ne participent pas à l'organisation du stage mais intervienne ponctuellement avec leur spécialité. La durée de leur intervention varie d'un court exposé en salle à plusieurs jours de présence sur le terrain. Ils font véritablement la richesse du stage. Tantôt universitaires, tantôt personnels des administrations de l'état (DRAC par exemple), tantôt spécialistes reconnus, ils sont géologues, géomorphologues, hydrogéologues, archéologues, biospéléologues, historiens etc...

Le déroulement du stage

Quel que soit le lieu, quelle que soit la cavité, le déroulement du stage est calqué sur un canevas qui sans être rigide structure les cinq journées du stage en deux périodes respectivement de deux et trois jours.

Le lundi commence par une prise de contact avec l'ensemble du groupe. La journée est ensuite consacrée à la visite de la région. Sur la journée, il doit être possible de « faire le tour du massif », c'est à dire d'en percevoir sa dimension générale, de comprendre et voir les zones d'alimentation, le ou les exutoires. Un phénomène géologique particulier peut être reconnu, une grotte touristique visitée, une petite cavité aux remplissages intéressants est parcourue. A chaque fois c'est un spécialiste du coin qui organise cette séance. Depuis le début, se sont succédés à cette tache : Gérard Aimé, Thierry Pelissié, Thierry Marchand, Jean Claude Frachon, Claude Bou et Jacques Bauer.

Alain Couturaud injecte de la fluorescéine dans le collecteur de la Caborne de Menouille pour apprécier la vitesse de déplacement du nuage en fonction des variations morphologiques du conduit. Stage Caborne de Menouille - juillet 2001.

Le jour suivant (mardi) est consacré à la cavité proprement dite, que l'on parcourt si possible sur une large portion en prenant le temps de se poser et de discuter fréquemment. C'est à ce moment là que l'équipe (stagiaires et encadrement) se retrouve face aux sites qui seront les enjeux des études de la suite du stage. On se pose des questions, on réalise quelques premières observations et on oriente les thèmes des études à faire. Le soir, le groupe est divisé en équipes généralement de trois stagiaires. Chaque équipe prend en charge un thème. Celle-ci va relever les concrétions érodées dans cette portion de galeries et en faire un report cartographique pour déterminer une surface de pointe de crue. Une autre va réaliser une petite opération de traçage pour apprécier la variabilité des vitesses de déplacement d'un nuage coloré en fonction de la morphologie des conduits). Une troisième va relever des anciennes traces d'exploitation de minerai pour positionner correctement un balisage de protection. Une dernière va conduire un préinventaire des espèces souterraines pour apprécier leur évolution dans l'espace de la cavité.

 

Ces différents travaux les stagiaires vont les mener en autonomie quasi-complète au cours des journées du mercredi et du jeudi. C'est à dire que sur le terrain, accompagnés d'une ou deux personnes ressources, ils vont conduire eux mêmes leurs expériences de terrain, noter seuls le fruit de leurs observations, gérer intégralement leur équipe, le matériel nécessaire etc... De retour en salle, ils vont mettre au propre ces données, compléter éventuellement les observations (analyse du traçage au spectrocolorimètre, identification des espèces récoltées...). Jusqu'au vendredi midi, ils devront produire un texte et des figures. Ces dernières doivent refléter au mieux le fruit de leurs observations (topos, coupes, graphes, schéma...). Le texte lui doit comporter au minimum: le nom des participants, la problématique, les outils employés, les observations réalisées et éventuellement une interprétation de ces observations. A l'issue du stage, les équipes produisent généralement 3 à 6 figures et un texte de 2 à 8 pages.

L'aspect « interprétations des résultats » n'est pas particulièrement poussé dans le stage, non que cela ne soit pas intéressant ou que les stagiaires n'en soient pas capables, mais pour bien montrer le caractère fondamental des observations brutes correctement mises au propre et bien présentées.

Le vendredi après midi enfin est le moment des échanges. Chaque équipe présente (avec des transparents ou grâce à un vidéoprojecteur) les observations qu'elle a menées et mises au propre au cours de ces deux jours et demi de fin de stage. C'est à ce moment que l'on prend la véritable mesure de la moisson de données que peut apporter une équipe même réduite sur un espace bien limité dans un temps très court.

Modification de l’allure d’un nuage coloré au passage d’un puits. Observations menées sur 4 points de prélèvements à la Caborne de Menouille (Jura). Stage « équipier scientifique 2001 ».

Des apports scientifiques complémentaires

Pour autant, les stagiaires ne sont pas si seuls. Des exposés sont réalisés pratiquement chaque soir, tantôt sur un aspect régional, tantôt sur une discipline à part entière. Ces séances « en salle » sont nécessaires mais doivent être d'une durée raisonnable (1/2 heure à une heure) afin de laisser du temps aux stagiaires pour travailler en autonomie. Pour compléter cet apport et afin que chaque équipe ne soit pas enfermée dans son thème, une demie journée de stage est consacrée en général à une permutation des équipes sur de courtes séances. Maniement de GPS, pose de piège, observations géomorphologiques, mesure de débit...

Enfin est mise à disposition durant toute la semaine une bibliothèque ambulante de l'EFS comprenant des ouvrages scientifiques variés. Dans la mesure du possible, des ouvrages et articles spécifiques au karst étudié sont présentés durant le stage.

Les résultats du stage

Ils sont à la fois nombreux et pourront apparaître disparates et peu aboutis. A chaque stage, un rapport est réalisé. Il comprend outre les informations générales sur le déroulement du stage, la totalité des observations menées par les différentes équipes sur chacun des thèmes. C'est le corps du rapport. Il est suivi de compléments bibliographiques, et d'un ensemble de photos illustrant la semaine passée ensemble. Au delà de cette production papier, tirée à une centaine d'exemplaire et diffusée le plus largement possible, des articles ont été réalisés dans les actes de la rencontre d'octobre (de 1998 à 2002 sans interruption). Cette valorisation du travail du stage est en général réalisée par l'équipe d'encadrement. Ceci est dommage. Il est en effet regrettable que les stagiaires ne fassent pas tous comme Rami Aubourg, (stagiaire 1999) et Jean Luc Front (stagiaire 2001) qui ont réalisé eux mêmes la synthèse de leurs équipes respectives, car on peut considérer que l'autonomie complète ne sera atteinte que lorsque les stagiaires seront à même de présenter et publier seuls leur observations.

Cet objectif devrait être atteint un. jour. Déjà, d’anciens stagiaires réalisent des observations dans leur région, d'autres participent à l'encadrement du stage « équipier scientifique », d'autres encore structurent la vie scientifique de leur CSR ou de leur CDS. C'est un premier pas qui devrait à terme relancer les observations menées en grotte et motiver la publication spéléologique régionale ou nationale.

L’évaluation des stagiaires moniteurs

Le module 2 est d’abord un temps de formation. C’est l’occasion pour les stagiaires moniteurs d’approfondir leurs connaissances du milieu et d’apprendre à les utiliser pour décrire une cavité. L’évaluation porte sur leur capacité à travailler en équipe et à s’approprier leur sujet d’étude jusqu’à sa conclusion. C’est également l’occasion de s’assurer de la maîtrise de la topographie qu’ils doivent pouvoir enseigner lors du module 3.

 

1.3. Le module 3

D'une durée de six jours, le module 3 est un stage de perfectionnement à l'encadrement en cavité de classe 4,et un approfondissement de la connaissance de la fédération.

Jour 1

Présentation des objectifs du stage et de son déroulement. Nous abordons les notions de pédagogie générale et théorique

Eléments éclairant le comportement d'un pratiquant en situation d'apprentissage. Pédagogie générale de l'enseignement de la spéléologie.

La théorie permet au stagiaire de " connaître " le pratiquant et de préparer au mieux sa séance : objectifs pédagogiques, lieux, moyens, etc.

Les stagiaires moniteurs préparent le stage perfectionnement technique qui se déroule en parallèle.

Ils en établissent le programme en fonction des éléments dont ils disposent : les dossiers des stagiaires et leurs attentes, les topographies, les contraintes du programme, etc. Les futurs moniteurs s'approprient le stage.

Jour 2 à 6

L'encadrement des journées est fait par les stagiaires moniteurs, eux-mêmes encadrés par un instructeur. Un moniteur pour deux à trois stagiaires. Le futur moniteur axe son intervention pédagogique en fonction des demandes de son public. Le contenu est souvent technique, mais sans oublier la topographie et la connaissance du milieu. Le futur moniteur doit solliciter la curiosité de l'élève pour l'amener à s'intéresser au milieu dans lequel il évolue. A l’issue de la journée, le stagiaire moniteur et l’instructeur font ensemble le bilan de la sortie.

Avant le repas du soir a lieu le bilan collectif. Chaque futur moniteur relate sa journée, il porte une évaluation sur ses stagiaires et propose une progression. Il analyse son intervention pédagogique par rapport aux objectifs fixés, aux moyens mis en place, aux résultats. La participation active de l'ensemble des moniteurs et instructeurs, permet de mettre en évidence les réussites et les échecs de la journée, de préparer au mieux les prochaines séances.

Dyneema sur la falaise de Seignan (Ariège), octobre 2003.

Sur le module 3, un moniteur titulaire est présent pour prendre en charge le stage perfectionnement après les sorties sous terre et les soirées. En effet, comme nous venons de l'expliquer, les stagiaires moniteurs travaillent sur la pédagogie et le contenu du stage. De plus pendant les soirées, nous abordons différents sujets autour de la fédération: son organisation, l'EFS, les différentes commissions, le rôle du moniteur, etc. Ces deux dernières années, la Commission Médicale FFS a fait une intervention sur le thème Spéléologie et Médecine: contraintes physiologiques du milieu, notions de physiologie de l'effort, les grands syndromes, les maladies, l'accidentologie.

En milieu de stage, les futurs moniteurs et deux instructeurs (les autres encadrent le stage perfectionnement) se retrouvent en falaise pour aborder les techniques d'auto-secours les plus variées (main courante, tyrolienne, etc.) et les techniques liées à la pédagogie. C'est une journée de formation où l'on prend plaisir à faire de la technique.

Suivant le stage, les participants, le besoin, les idées, nous effectuons une réflexion technique ou pédagogique. En 2001, nous avons axé notre réflexion sur l'introduction du bloqueur de pied dans la phase d'enseignement.

Ces deux moments sont généralement appréciés de tous les participants car tout le monde travaille dans la même direction. Cela permet de se retrouver ensemble autour de sujets fédérateurs.

La dernière journée s’achève par le rangement du matériel et les bilans individuels et collectifs du stage perfectionnement puis du stage moniteur.

 

1.4. Le module 0 : préparation au module 1

L'EFS a mis en place un stage de préparation aux tests techniques : le module 0. Il est facultatif. D’une durée d’au moins cinq jours, le contenu de ce stage perfectionnement est défini par les stagiaires eux mêmes en fonction de leurs besoins et envies. C’est notamment l’occasion de pratiquer l’équipement en techniques légères. Il se déroule dans des classiques, ou dans des cavités en cours d'exploration. C'est un stage de formation où l'on fait de " la belle spéléo " sans avoir la contrainte d'évaluation sanction. Il est vraiment surprenant de voir aussi peu de participants sur ce type de stage.

2. L'ORDRE DES MODULES ET LA SUITE DU STAGE

A l'issue du module 3, si l'évaluation est positive, le candidat devient moniteur stagiaire. Les trois modules doivent être acquis dans un délai de deux ans. L'ordre d'acquisition des modules 1 et 2 n'est pas imposé, mais le module 3 doit être validé en dernier. Autrement dit, un initiateur peut entrer en formation moniteur par la porte "technique" (module 1) ou "scientifique" (module 2).

Le moniteur stagiaire doit se titulariser dans un délai de deux ans en participant à l'encadrement d'un stage initiateur ou perfectionnement technique. Ce stage doit être animé par 50% de moniteurs ou instructeurs validés (et deux au moins) qui accorderont ou non le brevet de moniteur au postulant sous le couvert de l'EFS. La titularisation est toujours un temps de formation du moniteur stagiaire. Il est conseillé et aidé par les cadres expérimentés dans son action d'enseignement. Pour ne pas grever le budget du stage, ce cadre supplémentaire est désormais pris en charge financièrement par l'EFS. Il peut donc intervenir réellement "en doublette" avec un autre cadre. La titularisation est en quelque sorte le module 4 de la formation moniteur, mais elle doit être effective dans les deux ans, sinon le moniteur stagiaire redevient initiateur.

Tristan Lefebure identifie à la loupe binoculaire les espèces récoltées. Stage Pont-de-Ratz - avril 2002.

 

La validation : Validation et titularisation sont souvent confondues. La titularisation est la dernière étape pour devenir moniteur. La validation est une reconnaissance de son action d'enseignant dans les stages EFS. Un moniteur validé est un moniteur à jour de sa cotisation fédérale et qui a encadré dans les trois années précédentes un stage de formation personnelle, ou d'initiateur, agréé par l'EFS. Un moniteur qui passe plus de trois ans sans animer un stage n'est plus validé EFS, mais le redeviendra lorsqu'il participera à l'encadrement d'un stage.

 

EN RÉSUME, le cursus moniteur est une formation en prise directe avec la réalité spéléologique, l’occasion de rencontres, d’échanges et de découvertes enrichissantes.

A l’issue de sa formation, la pratique dans des cavités d’envergure, les connaissances techniques, pédagogiques, du milieu et de la Fédération permettent au moniteur d’enseigner la spéléologie sous toutes ses facettes.

Vous qui avez plaisir à pratiquer la spéléologie avec des personnes passionnées et compétentes, qui vous interrogez sur votre activité, qui vous investissez dans l'enseignement de la spéléologie et qui cherchez constamment à vous perfectionner n'hésitez plus, la formation moniteur est faite pour vous !

Pour en savoir plus :

  • Clément Nicolas, 2000,  Comment devenir moniteur par équivalence ? (Info EFS n°37-38, page 11)
  • Clément Nicolas, 2001,  La formation moniteur (Info EFS n°39, pages 16-17)
  • EFS, 1998,  Le référentiel de la formation moniteur (Info EFS n°34, pages 13 à 18)
  • Jaillet Stéphane, 1998, Vers le module 2 du cursus moniteur (Info-EFS n°34, pages 19 à 21)
  • Jaillet Stéphane et Corinne, 2002, Le stage "équipier scientifique " spéléo 2002 (FFS, vidéo 13mn)

 

Le module 1 du moniteur : trop dur ou trop facile ?

Chacun a son avis ; voici précisément le contenu des trois derniers tests techniques.

Mai 2002 en Ariège :

Jour 1 : Gouffre des Feuilles Mortes jusqu’au “ réseau –600 ” du gouffre Georges. Cavité verticale et rivière.

Matériel utilisé : corde 9 mm. Cote atteinte : -400 m. TPST : 14 h.

Jour 2 : Equipement et démonstration techniques en falaise.

Jour 3 : U1. Cavité très verticale avec des passages étroits.

Matériel utilisé : corde type L. Cote atteinte : -350 m. TPST : 14 h 15.

Juillet 2002 en Savoie :

Jour 1 : tanne Chavanu ou tanne Froide.

Jour 2 : Equipement et démonstration techniques en falaise.

Jour 3 : tanne Chavanu ou tanne Froide.

La tanne Chavanu est assez verticale avec un peu de méandre étroit. Matériel utilisé :corde type L et rarement corde 9mm. Cote atteinte et TPST en fonction des équipes et des conditions : -215 m à - 230 m pour 12h30 à 15h.

La tanne Froide est aquatique avec méandre (960m) et comprend des verticales. Matériel utilisé : corde de 9 mm.

Cote atteinte et TPST en fonction des équipes et des conditions : -300 m à - 340 m pour 13h30 à 16h.

Toussaint 2003 en Ariège :

Jour 1 : Equipement et démonstration techniques en falaise.

Jour 2 et 3 : deux cavités parmi les trois proposées.

- Gouffre des Feuilles Mortes jusqu’au “ réseau –600 ” du gouffre Georges (-410 m). Cavité verticale et rivière. Matériel utilisé : corde type L. Cote atteinte et TPST en fonction des équipes et des conditions : - 240 m et -260 m pour 15h et 14 h.

- A1 par le réseau des escalades jusqu’à la salle de la Famine (-390 m). Cavité verticale entrecoupée de passages étroits. Matériel utilisé : corde 9mm et de type L. Cote atteinte et TPST en fonction des équipes et des conditions : -340 m et -360 m pour 16 h et 14 h.

- A27 jusqu’à la salle de la Famine (-355 m). Cavité verticale entrecoupée de passages étroits. Matériel utilisé : corde 9mm. Cote atteinte et TPST en fonction des équipes et des conditions : -320 m et -225 m pour 15 h et 14 h. Des profondeurs atteintes modestes pour ce module 2003, car le niveau des candidats s'est avéré plus faible et le taux d'échec a été élevé.

Pause durant l'explo au gouffre L14 (Ariège), octobre 2003.

La reconnaissance du moniteur fédéral dans le cursus du BEES 1er degré option spéléologie.

Toutes les compétences acquises et validées lors du cursus moniteur sont reconnues dans le cadre de la formation au brevet d’état 1er degré de spéléologie.

Le moniteur est ainsi allégé du test d'entrée, de presque la totalité de la préformation et de deux unités de formation parmi l’UF1, l'UF2, l'UF3. D'autre part si le moniteur le souhaite, il obtient la note de 13/20 à l'UF2 (épreuve anticipée de l'examen final).

La reconnaissance du BEES 1 dans le cursus moniteur.

Un breveté d'état titulaire de l'initiateur fédéral peut demander l'équivalence de moniteur stagiaire en présentant à l'EFS un dossier montrant son investissement dans le milieu fédéral. Nous constatons que le nombre de BE demandant l'équivalence du moniteur stagiaire est plus élevé que le nombre de moniteur se présentant à l'examen final du BEES ler degré option spéléologie.

 

Année

Moniteur à l’examen final du BEES

B.E. demandant l’équivalence

2000

6

5

2001

3

4

2002

1

6

2003

0

0

Total

10

15

 

Laurent raconte son expérience…

J’ai passé les trois modules du monitorat dans l’année 2002. Le calendrier des stages de l’EFS m’a indiqué que le module 2 qui est en fait le stage “ équipier scientifique ” se déroulait au mois d’avril à St-Pons. J’ai donc commencé mon monitorat par ce module. Le module 2 est vraiment très intéressant, il aborde tout le côté “ scientifique ” de la spéléologie. Il est ouvert à tous et permet d’avoir la qualification “ Equipier scientifique ”. Il se déroule sur une semaine et les premiers jours sont consacrés à la visite de la zone karstique étudiée. C’est à partir du troisième jour que l’on se concentre sur un domaine bien particulier. Par petit groupe, on étudie une partie de la zone dans les domaines comme la géomorphologie, l’hydrologie, la biospéléologie et bien d’autres. Pour ma part, je me suis intéressé à la biospéléologie dans la grotte de Pontderach. Je pense qu’il est important de choisir un domaine que l’on ne maîtrise pas bien, car la formation d’un moniteur ne réside pas seulement dans les techniques de cordes. La connaissance du milieu est essentielle. Ce stage permet de se poser des questions sur divers points, et nous éveille à chercher des réponses dans les observations et les mesures effectuées sous terre, mais aussi à travers divers documents. Ce module donne au moniteur des outils lui permettant de mieux comprendre son milieu et donc de mieux le transmettre aux néophytes. Il fût pour moi très bénéfique et me donna envie de continuer dans l’observation et la connaissance de la biospéléologie.

Le module 1 est consacré à la technique et je l’ai passé au mois de mai à Saint-Girons en Ariège. Il se déroule sur 4 jours avec deux grosses explorations et une journée en falaise. Mis à part le temps, qui a été catastrophique, ce module c’est relativement bien passé. Avec un effectif réduit en son minimum de trois stagiaires et de deux cadres, on a pu faire durant ces trois jours de magnifiques explorations dans de beaux gouffres en crue. Faire le gouffre Georges avec beaucoup d’eau n’a fait que renforcer l’angoisse de l’examen. Je peux vous dire qu’il y avait de l’ambiance ce jour là ! Pour un premier jour, ce fût un jour inoubliable. Je savais que dans le cursus moniteur, il fallait parfaitement maîtriser l’équipement hors crue, et bien ce jour là nous n’avions pas le choix. Il fallait absolument le faire, et ce fût pour les cadres une très bonne situation pour pouvoir évaluer nos compétences. Les autres jours se sont très bien passés avec encore de la pluie, mais toujours avec un bon moral. Un peu de casse matériel pour ma part mais très content d’avoir réussit cette évaluation.

Le module 3 s’est passé fin août sur le massif du Vercors. Je considère ce module comme très important car la pédagogie donne au moniteur des moyens de mieux transmettre notre passion. J’ai vraiment apprécié cette formation. Il y a eu entre les stagiaires perfectionnement et nous, une très bonne ambiance qui a été enrichie par deux stagiaires belges et un cadre hongrois. Nous avons eu une très bonne équipe de stagiaires perfectionnement, très demandeurs de techniques et désirant absolument équiper tous les jours. Ce fût très intéressant de leur apprendre les techniques et les petits trucs pour mieux progresser sur cordes. C’est grâce à ce module que je me suis rendu compte des difficultés à organiser un stage, ainsi que l’importance de la transmission des informations aux autres cadres pour que le suivi de la formation des stagiaires perfectionnement soit efficace.

De façon générale, je pense que la formation du moniteur est très complète et vraiment intéressante. Elle m’a beaucoup apporté et à tous niveaux : connaissance du milieu, technique et surtout pédagogique. Je conseille à tous les initiateurs de le passer car c’est une progression personnelle très enrichissante. Ce diplôme me servira dans mes futures explorations mais aussi pour transmettre mon savoir-faire et mon expérience aux membres de mon club. De plus, il me permettra de pratiquer ma passion avec d’autres spéléologues au delà de mon département, notamment en encadrant des stages de l’EFS.

 

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