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Groupe d'Etudes |
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Spelunca n°96 - 3ème trimestre 2004
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Rémy LIMAGNE Groupe
d'Etudes Techniques EFS |
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Introduction En novembre 2003, je présentai aux Journées d'Etudes EFS à Rouen les premières conclusions du d'une étude portant sur les déclarations d'accidents à l'assurance FFS. Il apparaît que dans 42% des cas, l'accident se produit lors d'une progression sans agrès : glissade, chute en oppo ou escalade, coincement en étroiture. Les conséquences sont multiples : fractures, entorses, déchirures musculaires… L'équipe s'en sort par un auto-secours dans 4 cas sur 5. Alors que la formation en club et en stage repose essentiellement sur la technique et la manipulation de matériel, comment peut-on réduire les risques liés à la progression sans agrès ? 1. Validité des informations de l'enquête. 455 formulaires de déclaration d'accident ont été dépouillés, sur 13 années. J'en profite pour remercier au passage Michel Decobert, président de la commission Assurance, de m'avoir autorisé à " fouiner " dans ces documents. Les résultats complets et commentés sont publiés dans Info-EFS n° 45. Tout d'abord quelles sont les différences avec les statistiques du SSF ?
L'intérêt de cette source d'information est que, si bon nombre d'auto-secours échappent à la connaissance du SSF (pas d'intervention extérieure, pas de sauvetage, pas d'alerte, pas de compte-rendu), le spéléo qui paye sa prime d'assurance n'hésite pas à faire une déclaration même pour un incident apparemment sans conséquence. Et quelles en sont les limites ? Tout repose sur une DECLARATION écrite, faite forcément quelques heures ou quelques jours après l'événement, parfois par un tiers, et la plupart du temps très succincte. Si la cause est assez bien définie, les conséquences sont parfois amplifiées, par ignorance au moment de la déclaration des suites médicales réelles. 2. La glissade, ou comment chuter de sa propre hauteur (21% des accidents) |
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Août 2003, à -60 m dans le gouffre du Bief Bousset, Lucie glisse sur une simple dalle calcaire légèrement pentue et tombe sur le dos. Douleur intense au niveau de l'épaule gauche qui l'empêche de bouger pendant de longues minutes. Un immobilisation de fortune du bras permettra plus tard à l'équipe de l'évacuer en balancier dans les puits… [Photo ci-contre] Tomber de sa propre hauteur est probablement l'incident le plus fréquent en spéléo. Une pente argileuse, une dalle bien lisse, un bloc branlant, tous éléments naturels qui se liguent pour nous faire perdre l'équilibre ! Cela se traduit heureusement le plus souvent par quelques bleus, mais pas toujours. |
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Comment s'en protéger ? La pratique consistant à " aménager " la galerie en remuant des blocs, ou creusant des marches dans l'argile, ou fixant moult ferrailles n'est pas très respectueuse du milieu, et en tout cas inenvisageable en explo. Mais peut-être peut-on aménager le spéléo ! Par exemple en considérant ses bottes comme son descendeur : on change les poulies avant de voir la vis intérieure, donc on peut aussi changer ses bottes avant de voir la plante de ses pieds… Par ailleurs il existe d'autres types de chaussures, à semelle mieux crantée, plus adhérente, et qui maintiennent bien mieux la cheville. De plus - faut-il le rappeler ? - un éclairage défectueux et la fatigue constituent des conditions très favorables aux faux-mouvements, et si en plus on n'est pas " propre sur soi " (longes qui pendent au niveau des genoux, pédale qui traîne par terre, kit sur une épaule…), on a mis toutes les chances de son côté pour se casser la g… Alors, pensons toujours à gérer au mieux notre matériel et le rythme de la progression, comme on le ferait dans les puits. Et puis, il n'y a pas de honte à solliciter une main secourable, ou à descendre sur les fesses cette pente si glissante ! |
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3. Oppo, escalade, désescalade : jusqu'où aller sans corde ? (16% des accidents) A -200 dans une Tanne savoyarde, Rémy franchit en oppo un des innombrables ressauts de la rivière. Une crampe, et la chute au sol. 1,5 m seulement mais superbe entorse qui mettra un terme à l'explo. Il ressortira par ses propres moyens, en remplissant régulièrement la botte d'eau froide pour atténuer la douleur. Tout le monde est soulagé : c'était un 31 décembre en fin d'après-midi… ! Il s'agit ici des obstacles que l'on franchit sans corde, mais où l'on peut néanmoins chuter de quelques mètres. Un dossier mentionne même une " chute de 8 mètres dans ressaut "… Ce terme de ressaut qu'on trouve sur la topo évoque un obstacle de peu d'envergure, une formalité en quelque sorte. Pourtant les chutes dans ces ressauts ont des conséquences sérieuses, et provoquent le déclenchement d'un secours dans un cas sur quatre. En fait, il faut admettre que face à une escalade ou un franchissement en oppo, les spéléos ne sont pas égaux. La taille compte, la souplesse, la force, l'expérience… Et c'est bien ici que doit s'exprimer la solidarité au sein de l'équipe : le plus à l'aise aide celui qui l'est moins, et donc se positionne à proximité immédiate, en parade. Depuis le bas, la méthode la plus simple pour aider quelqu'un sur une escalade reste de pousser sur les fesses (*), ou en se saisissant de la ceinture. Bloquer de la main son pied sur une prise un peu fine ou glissante s'avère rassurant donc efficace. S'il s'agit de redescendre, et que l'assisté est dos à la paroi, le nœud des longes sur le MAVC constitue une prise de choix. |
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Si l'on choisit de se positionner au dessus de la personne à aider, il convient avant tout d'être soi même parfaitement bien calé… pour éviter le double accident ! Il est alors possible d'aider tout simplement en " donnant la main ", ou mieux : les doigts en crochet [photo gauche] qui offrent une résistance considérable (sauf chez les enfants). Relier les deux longes permet à chacun de disposer librement de ses deux bras, et autorise même à " tracter " fermement l'assisté en utilisant la force des jambes [photo droite]. |
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Reste le long passage en opposition, où l'on ne peut aider efficacement ni du dessus ni du dessous… Le premier conseil est de s'y engager avec un double éclairage actif : on n'aura pas forcément une main disponible pour rallumer au cas où ! Le kit pend entre les jambes, dans l'axe du tronc, et pas sur le dos, et encore moins sur une épaule. Et si vraiment il y a une forte réticence, il convient de bien évaluer l'enjeu : mieux vaut peut-être ne pas insister, et prendre la décision d'installer une corde. (*) Si le bénéficiaire du coup de main est une inconnue de sexe féminin, on aura pris bien soin de lui en demander l'autorisation au préalable… |
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4. Coincement en étroiture : corps contre roche, toujours le même perdant (5% des accidents) Grotte de la Goulue (Doubs), 25 mai 1991. Au retour d'une explo, un jeune spéléo de 16 ans se coince dans un boyau très étroit à 70 mètres de la sortie. Deux jours de désobstruction et de médicalisation seront nécessaires aux sauveteurs pour le sauver de cette situation critique. On pourrait penser qu'on ne se coince en étroiture que lors d'une première, quand l'attrait de la découverte nous amène à forcer un peu trop. Il n'en est rien ! Sur 21 cas de blessures en étroiture, 20 se sont produites dans des passages connus, voire très fréquentés. Il s'agit essentiellement de déchirures musculaires et de fêlures ou fractures de côtes ; les simples " bleus " font rarement l'objet d'une déclaration à l'assurance. |
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Comment tenter de limiter les dégâts ? Déjà en mettant toutes les chances de son côté. La combinaison " plastique " glisse nettement mieux que le bleu de travail. Devant l'étroiture, on commence par ôter autour de soi tout ce qui va souffrir et faire souffrir : longes, bloqueurs, pédales, tout cela sera très bien dans le kit qu'on tirera derrière soi. Il est prudent de défaire la jugulaire du casque au cas où on doive l'ôter dans le passage, et on poussera la calebonde devant soi. La flamme va s'éteindre et c'est tant mieux : moins de brûlures, on progresse à l'électrique [photo ci-contre]. |
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Evidemment s'il s'agit d'une étroiture verticale ou en pente, on s'y engage les pieds en avant. Les choses se compliquent lorsque elle est suffisamment longue pour imposer l'usage d'une corde d'assurance. Dans ce cas il devient impératif de défaire la jugulaire du casque ; il convient d'installer le descendeur en bout de longe (mousqueton à vis dans le nœud de longe) de façon à ne pas l'avoir contre la poitrine. Attention aux cheveux… |
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Peut-on s'entraîner à franchir des étroitures ? Des exercices d'assouplissement ne peuvent pas faire de mal. On peut aussi fréquenter les congrès spéléos, où les parcours d'obstacles de ce type sont devenus une attraction incontournable. On peut aussi venir s'essayer en stage EFS, où l'usage de l'échelle s'est diversifié ! |
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