Commission Enseignement

Week-end de formation et d'échanges sur l'utilisation du matériel léger en spéléologie.

9 et 10 janvier 1999 - Montrond (Doubs)

Participants :

-       Pascal BETEILLE (CDS 70)

-       Yann DECHAUX (CDS 70)

-       Agnès GALMICHE (CDS 70)

-       Rémy LIMAGNE (CDS 39)

-       Patrick ROBERT (CDS 39)

Déroulement :

1.      Etude des recommandations fédérales sur l'utilisation des cordes et connecteurs.

2.      Etude comparative des différents produits actuellement sur le marché.

3.      Choix des matériels et techniques d'équipement pour Gouffre d'Ouzène.

4.      Equipement de trois ateliers au gouffre d'Ouzène.

5.      Poursuite des recherches, essais de matériels en grange. 

AVERTISSEMENT :

Ce document n'est pas destiné à convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit. Il s'agit d'un simple compte-rendu d'expériences inédites, qui s'inscrit dans la réflexion globale menée par l'Ecole Française de Spéléologie sur l'utilisation du matériel léger. Nous ne formulons aucune conclusion, mais des hypothèses et pistes de travail qui seront reprises et développées lors de sessions ultérieures.

 

1. INTERET DE LA QUESTION :

Depuis 1996, l'essentiel du matériel utilisé en spéléologie est soumis à des normes techniques applicables à l'échelon européen. Cet état de fait fige la recherche et est susceptible de bloquer tout progrès ; il peut aboutir à des aberrations, des constructeurs de cordes ayant été par exemple obligés d'alourdir volontairement certains types de cordes pour qu'ils soient "normalisés", donc commercialisables.

Face à ce phénomène, la Fédération Française de Spéléologie, en tant que fédération dirigeante, a élaboré des "recommandations" plus souples et évolutives, affirmant la possibilité d'employer des matériels plus légers, mais néanmoins utilisables en toute sécurité en spéléologie. Depuis, l'Ecole Française de Spéléologie s'applique à affiner la recherche sur l'allègement du matériel, et sur les techniques adaptées à cette évolution.

Le concept de base peut se formuler ainsi :

plus de légèreté = moins de fatigue = plus de sécurité

 

2. L'EQUIPEMENT INDIVIDUEL DU SPELEOLOGUE

Une comparaison détaillée montre que l'équipement perso d'un spéléo (hors tenue vestimentaire) peut varier entre 4 et 2 kg. Ces deux kg d'écart seraient avantageusement consacrés à une bouteille d'eau et une banane de carbure !

Outre les allègements classiques (choix du harnais, zicral contre acier…) nous proposons également :

-       Pour le casque et l'éclairage : le classique Explorer Petzl (casque Ecrin roc+ Duo), qui pèse 740 grammes, peut être remplacé par le casque Camp LW260, au confort tout à fait acceptable, et un ensemble acéto + frontale Frendo, l'ensemble ne pesant que 400 grammes. Le gain de poids est particulièrement appréciable sur la tête.

-       Nous nous sommes interrogés sur l'utilisation du descendeur, systématiquement relié au MAVC par un mousqueton. A la réflexion, il semble que ce mousqueton ne sert en fait qu'à enlever  le descendeur. A l'essai, il ne nous est apparu aucun inconvénient à fixer directement l'œil du descendeur dans le MAVC. Il s'ouvre aussi bien, fonctionne à l'identique, permet de faire sans difficulté particulière une conversion… La seule limite apparente est qu'on ne peut pas le désolidariser du MAVC sans ouvrir ce dernier, alors que cela peut être utile dans certaines manœuvres de dégagement d'équipier, mais il existe d'autres méthodes. Donc, pour les accros du "light", voici toujours de quoi gagner 70 grammes…

-       Enfin, il existe maintenant une chaussure spéléo (Mirolda, de One Sport) fort bien conçue, qui peut remplacer avantageusement les classiques bottes noires, avec 400 grammes de moins (mais 400 francs de plus !).

 

3. EQUIPEMENT DE PUITS

-       Les anneaux Kong ont désormais une résistance garantie, qui autorise une utilisation en toute confiance. Ils ne dispensent pas du connecteur (contrairement à la plaquette clown), mais la clé de 13 devient inutile, et le vissage est très rapide. Associé à un maillon zicral, on a un amarrage complet de 50 grammes environ, et surtout d'un encombrement très réduit. Son positionnement ne doit cependant pas être laissé au hasard.

-       La cordelette Dyneema 5mm a été utilisée comme déviation, mais aussi comme contre-assurage de spit. Sa résistance (2200 kg) incite à d'autres usages que nous avons expérimentés par la suite.

 

4. PROGRESSION SUR AGRES : JUSQU'OU PEUT-ON ALLER ?

Nous avons effectué des essais de progression sur la cordelette Dyneema, associée aux nouveau mousquetons plats Lucky Aranya 4000.

a)     La cordelette Dyneema présente deux caractéristiques très intéressantes : une résistance (traction lente) voisine voire supérieure à celle des classiques de cordes de 9mm, pour un poids au mètre trois fois moindre, et donc un volume extrêmement réduit. Par contre, sa résistance au choc est très faible. Question : dans quelles conditions peut-on utiliser cette cordelette sans risque de choc ?

-       Tout d'abord, elle s'impose en tant que pédale pour la montée aux bloqueurs : à peine 30 grammes, parfaitement statique, et tient dans la poche !

-       Tentative de descente au descendeur : il faut évidemment accentuer considérablement le freinage, mais cela semble possible, bien que difficile à gérer, et peu esthétique.

-       Tentative de montée aux bloqueurs : blocage aléatoire (de par le faible diamètre), mais surtout rupture de la corde au premier choc de facteur 1, due apparemment au cisaillement par les picots.

A l'évidence, les outils mécaniques classiques de montée et de descente sont inadaptés. Le bloqueur ropeman Wild Country ne bloque pas. Impossible de faire un prussik. Il serait intéressant d'essayer le descendeur Rack, le Shunt, et surtout le Microcender Petzl.

-       Nous avons ensuite testé cette cordelette utilisée comme main-courante : chute du spéléo longé sur Dyneema horizontale, avec nœuds en huit et en neuf à chaque extrémité. Résultat : aucune rupture n'a été possible, même au-delà de dix chutes. Cela ouvre certaines perspectives nouvelles…

b)     Les mousquetons plats. Les mousquetons plats Lucky Aranya 4000 et Lucky Micro-3 sont désormais les plus légers du marché : respectivement 12g et 7g, pour une résistance garantie de 650 et 400kg.  Leur place est-elle seulement entre la ceinture et la calebombe ?

-       Ce mousqueton peut sans problème relier la pédale à la poignée (mais nous ne disons pas qu'on peut se longer dedans).

-       Il est évident également que ce mousqueton hyper-léger peut être utilisé pour toutes sortes de déviations : sa large ouverture (22mm pour Aranya) permet d'y passer n'importe quelle corde ou sangle.

-       Nous avons également pratiqué des essais de chutes sur ces mousquetons : avec des chutes de facteur 1, nous avons réussi à casser un Micro-3 au bout de plusieurs chocs, et encore en maintenant le doigt ouvert. L'Aranya 4000 n'a cassé que dans le cas de figure de l'amarrage qui lâche alors que le spéléo est longé dans le mousqueton.

A partir de ces observations, il semble évident qu'il n'est pas raisonnable à l'heure actuelle de prétendre monter et descendre sur la Dyneema, et d'utiliser les mousquetons plats comme fractionnement par exemple.

Par contre, il n'est pas absurde d'envisager la mise en place de mains-courantes avec cela. deux conditions s'imposent : que la progression n'amène pas à se longer dans un mousqueton, et qu'une éventuelle chute du spéléo, suivie d'une éventuelle rupture d'un amarrage, n'entraîne pas un frottement dangereux de la cordelette sur une aspérité...

La vire du Faux-Pas, dans la grotte des Cavottes constituera un site expérimental parfait. Il est déjà possible de comparer deux types d'équipement pour cette vire.

 Equipement classique

 Equipement léger

 20m corde 9mm

 1000 g

 20m dyneema 

 340 g

 6 plaquettes Petzl 

 180 g 

 6 anneaux Kong 

 130 g

 6 mousq Titan 2200 à vis 

 420 g

 6 Lucky Aranya 

 70 g 

 Total           

 1600 g  

 

 540 g

 

Soit un écart de 1 à 3, et encore n'est pas comptabilisée la clé à spit indispensable dans l'équipement classique, et le fait que la longueur de dyneema nécessaire est inférieure dans la mesure où il ne faut que 40 cm pour faire un beau nœud en huit…

Cette hypothèse reste malheureusement purement théorique, car en effet, reste la question du "comment installer la main-courante"… car le premier est bien obligé d'utiliser sa poignée ou son descendeur pour équiper !

Enfin, il nous semble que le pire ennemi de la Dyneema n'est sans doute pas le choc ou l'abrasion, mais bien la flamme de l'acéto, capable de la fondre en moins de cinq secondes… On pourrait pratiquement conseiller que toute approche de cordelette Dyneema doit se faire sans acéto !

Heureusement, nous ne sommes jamais à l'abri d'une idée géniale.

A bientôt au prochain week-end.

Rémy Limagne,15/01/99

 

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