Une étude de cavité en stage EFS :

L'Igue de la Calotte

stage EFS 9-16 février 2002, Lot

Objectifs et choix du site

La connaissance du milieu karstique tient une bonne place dans dous les types de stages de l'EFS. La session de février 2002 dans le département du Lot regroupait une quarantaine de spéléos, en formation d'Initiateur, Perfectionnement, ou Découverte. Presque tous se sont succédés dans l'Igue de la Calotte, pour en faire le relevé topographique et y pratiquer toutes sortes d'observations rapportées dans ces pages.

Ce site fut choisi pour sa facilité d'accès (pas de marche d'approche), le peu de difficultés techniques (pas de perte de temps), et l'absence de topographie existante qui donnait du sens à l'exercice...

Le Causse de Limogne, secteur du "gouffre de Lantouy"

Localisation

L'Igue de la Calotte se situe sur le Causse de Limogne en Quercy, entre la vallée du Lot et le ruisseau temporaire de l'Ouysse. L'entrée principale [ 560.68 -  234.52 - 285 ] se trouve à proximité d'un dolmen effondré, presque au sommet de la colline . Celle de la " Petite Calotte " sensiblement plus bas, à quelque 120 mètres de là vers le sud est [ 560.71 - 234.41 - 265 ]. Difficile à trouver car son orifice (moins d'un mètre de diamètre) est dissimulé par les taillis de buis et de genévriers.

 

Exploration

L'accès aisé de l'Igue (un simple puits de 7 mètres) fait que l'exploration en première de la grande salle remonte probablement au début du siècle, ou antérieurement. La cavité a été fréquentée dans les années 50 comme l'attestent plusieurs inscriptions. Puis elle fut le siège de séances de découverte encadrée de la spéléo (années 80-90), et des travaux de désobstruction menés par des spéléologues de la région rendirent possible la traversée entre les deux orifices.

Puits d'entrée de la "Petite Calotte"

Description

L'entrée principale se constitue d'un puits de 7 mètres, suivi d'une pente ébouleuse assez raide. On débouche rapidement dans une grande salle d'une quinzaine de mètres de large sur environ 40 de long. Une grande stalagmite blanche orne le centre de cette salle. Le sol est généralement argileux : argile rouge et sèche (sauf au point bas), souvent d'aspect granuleux.

Vers le nord, l'éboulis occupe toute la galerie, mais il est possible de se faufiler sur plusieurs mètres entre les dalles. Il est vraisemblablement possible de faire de la première dans cette direction.

Vers le sud, la pente argileuse remonte vers le plafond. On trouve là le seul point d'eau (en février), constitué d'un gour couvert de calcite flottante. Le plafond est orné de quelques stalactites fistuleuses et excentriques.

L'unique flaque d'eau de la salle

Progression dans le "laminoir"

Au delà, c'est un court laminoir désobstrué qui mène à une autre salle allongée, d'une dizaine de mètres de haut. De là part un boyau (non topographié) vers le sud ouest, bientôt obstrué par la calcite au niveau d'une petite salle concrétionnée.

Et vers le sud débute le long laminoir parcouru par le courant d'air. Sur plus d'une centaine de mètres, la progression s'y fait à plat ventre, sur un sol constitué de petits " cubes d'argile " de taille centimétrique. Sur le parcours, on peut accéder en contrebas à deux petites salles très sèches et couvertes de concrétions excentriques.

Il convient de ne pas s'acharner à suivre le courant d'air, qui circule davantage dans les points hauts - mais impénétrables - du laminoir, et de préférer suivre les passages les plus évidents, c'est à dire ceux qui ont été élargis.

Après l'unique passage humide du laminoir (zone concrétionnée avec l'incontournable petit gour rempli d'eau), on débouche dans la galerie de la petite Calotte, au niveau de grandes pendeloques de racines du plus bel effet.

De la, un nouveau laminoir revient vers le nord. Au bout d'une dizaine de mètres, on peut franchir une surprenante étroiture, formée par un gour barrant une petite galerie, pour déboucher dans un tronçon plus spacieux, parfaitement sec mais présentant un concrétionnement caractéristique des zones anciennement actives (trottoirs de calcite, choux-fleurs…).

Vers le sud, la galerie mène rapidement à la base du puits de 3 mètres de la petite Calotte.

Les racines de la "Petite Calotte"

Base du puits d'entrée : stratification plissée

Intérêt

L'Igue de la Calotte, bien que de dimensions modestes, présente une foule de choses intéressantes à observer, et susceptibles de passionner des débutants.

a)      La géologie d'abord permet de montrer pourquoi la grotte ne se développe que d'un côté ; les plissotements et fractures de strates observables près du puits d'entrée expliquent la présence de cet effondrement qui obstrue la grande galerie vers le nord.

b)      La diversité des formes de comblement constitue une autre richesse de la grotte. Le concrétionnement, est très varié et observable de  près ; on y trouvera des stalagmites massives, des fistuleuses, des excentriques, et des gours témoins d'anciens écoulements. Le sédiment argileux est aussi particulièrement intéressant à observer : petits cubes d'argile extrêmement sèche recouverts d'une pellicule. Ces éléments montrent que la fossilisation de la grotte est très ancienne.

Concrétionnement excentrique sec

Plafond de la salle  : fistuleuses et chauves-souris

c)      En hiver, la grotte sert d'abri pour plusieurs dizaines de chauves souris. De multiples " sites d'observations " sont possibles dans la grande salle sans les déranger. On pourra expliquer pourquoi, du fait du courant d'air, elles sont plus rares dans les zones étroites du laminoir.

d)      L'observation de la topographie dans la grotte permettra enfin de comprendre que le laminoir dans lequel on zigzague n'est en fait que la même vaste galerie, presque entièrement comblée, joignant de façon rectiligne les deux orifices. Cette observation ouvre des perspectives plus favorables qu'au premier abord, pour découvrir des prolongements à la cavité.

e)      Mais le positionnement de la grotte sur la carte topographique prouve définitivement son ancienneté. En effet, elle est situé sur un éperon rocheux entre Lot et Ouysse, qui constitue un bassin d'alimentation bien étriqué ! En outre, les dimensions de la galerie, à une aussi faible profondeur, montrent qu'il s'agit là d'une karstification très ancienne (plusieurs dizaines de millions d'années), élaborée bien avant l'installation des cours d'eau actuels !

Donc peu de chance en réalité de rejoindre le réseau souterrain de l'Ouysse par la Calotte ! Pourtant le karst profond existe. On sera impressionné par l'Igue de Couderc, à moins de 500m au sud : vaste effondrement de 40m de profondeur et plus de 200m de diamètre, témoin des vides qui existent (ou ont existé) dans cette zone…

Rémy Limagne,

avec les informations orales de Alain Lafarguette et Thierry Pélissié.

 

Igue de la Calotte

Saint-Jean de Laur (Lot)

Topographie stage EFS

février 2002

Quelques photos de plus

"L'Igue de Couderc", à 500m de la Calotte (le personnage au centre du cercle donne l'échelle...)

Le puits d'entrée de la "Grande Calotte"

La grande stalagmite dans la salle de la Calotte

Sortie "athlétique" par la Petite Calotte

Plaque d'argile desséchée, et en mouvement : le pilier stalagmitique est brisé.

Le plafond le la grande salle : excentriques et stalactites-perchoirs à chauves-souris...

Dernière chatière dans le laminoir, avant de déboucher dans la Petite Calotte : la grotte est vaincue !

Echevau de racines dans la Petite Calotte.

 

 

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